
Par Elisha Kindy
Depuis le mois de février 2026, la ville de Butembo, au Nord-Kivu, est confrontée à une pluviométrie exceptionnelle. Des pluies abondantes et quasi continues se sont succédé pendant plusieurs jours, provoquant des inondations, des éboulements de terrain et d’importants dégâts matériels dans plusieurs quartiers, particulièrement dans la commune de Bulengera.
Pour le professeur ordinaire Sahani Walere, spécialiste en climato-risque à l’Université de Liège, en Belgique, et enseignant à la Faculté des sciences agronomiques de l’Université Catholique du Graben (UCG) à Butembo, cette situation trouve son origine dans une combinaison de facteurs climatiques, géologiques et pédologiques.
Selon cet expert, Butembo se situe dans une zone caractérisée par un climat tropical humide de type AFI. Ce régime climatique est marqué par des températures relativement stables tout au long de l’année et des précipitations fréquentes.
« Dans un tel climat, les pluies peuvent survenir pratiquement toute l’année. Toutefois, ce qui a particulièrement retenu notre attention cette année, c’est leur caractère persistant », explique-t-il.
À partir des observations réalisées par la station météorologique de l’ITAV, les chercheurs ont constaté une succession inhabituelle de journées pluvieuses sans interruption significative. Une situation qui accroît considérablement les risques naturels.
Le professeur Walere souligne que lorsque les pluies se prolongent pendant plusieurs jours, le sol absorbe progressivement l’eau jusqu’à saturation. Une fois cette capacité atteinte, les nouvelles précipitations ne peuvent plus s’infiltrer dans le sous-sol et s’écoulent en surface.
« Les premières pluies pénètrent dans le sol et remplissent progressivement ses pores. Après plusieurs jours, le terrain devient saturé. Toute pluie supplémentaire se transforme alors en ruissellement, augmentant le risque d’inondations, d’érosion et de glissements de terrain », précise-t-il.
Cette saturation des sols constitue l’une des principales explications des catastrophes enregistrées récemment dans plusieurs secteurs de la ville.
Face à cette réalité, le chercheur plaide pour une gestion concertée des risques. Il estime que la réduction de la vulnérabilité des populations nécessite l’implication des autorités publiques, des urbanistes et des habitants eux-mêmes.
Parmi les mesures prioritaires recommandées figurent l’identification et le respect des zones constructibles, la lutte contre le morcellement anarchique des parcelles ainsi que la mise en place d’infrastructures efficaces de drainage et de canalisation des eaux pluviales.
Pour le spécialiste, l’adaptation aux aléas climatiques devient désormais une nécessité pour une ville en pleine croissance comme Butembo. Sans une meilleure planification urbaine et une gestion rigoureuse de l’occupation des sols, les épisodes de pluies persistantes continueront d’exposer les populations à des catastrophes récurrentes
