
Par Denise Kyalwahi
Une coalition réunissant près de 70 organisations congolaises et internationales de défense de l’environnement et des droits humains appelle le Gouvernement de la République démocratique du Congo à maintenir le moratoire sur l’attribution de nouvelles concessions forestières industrielles. Dans une lettre ouverte adressée à la Première ministre, ces organisations estiment que lever cette mesure à ce stade mettrait en péril les forêts du Bassin du Congo, les droits des communautés locales et les engagements climatiques du pays.
Pour les signataires, la RDC traverse une période décisive dans la réforme de sa gouvernance forestière. Ils soulignent que plusieurs initiatives, notamment les réformes foncières et forestières, la reconnaissance progressive des droits des peuples autochtones ainsi que le lancement du Couloir Vert Kivu-Kinshasa, traduisent la volonté des autorités de faire du pays un acteur majeur de la lutte contre le changement climatique et l’érosion de la biodiversité.
Cependant, selon la coalition, une levée du moratoire avant l’achèvement de ces réformes risquerait d’ouvrir des dizaines de millions d’hectares de forêts à l’exploitation industrielle. Une telle décision pourrait, selon elle, accentuer les conflits liés à l’accès aux terres, fragiliser les écosystèmes forestiers et compromettre les moyens de subsistance des communautés qui dépendent directement des ressources de la forêt.

Les organisations s’appuient sur une analyse technique qui conclut que les conditions juridiques prévues pour lever le moratoire ne sont pas encore réunies. Elles évoquent également des insuffisances persistantes dans la gouvernance du secteur forestier, notamment en matière de contrôle, de transparence et d’application de la réglementation.
Pour Bonaventure Bondo, chargé de campagne Forêts Bassin du Congo à Greenpeace Afrique, lever le moratoire sans renforcer les mécanismes de gouvernance reviendrait à favoriser une expansion de l’exploitation industrielle aux conséquences importantes pour les populations riveraines des forêts.
De son côté, Joe Eisen, directeur exécutif de Rainforest Foundation UK, estime qu’une telle orientation affaiblirait la crédibilité internationale de la RDC au moment où le pays cherche à s’imposer comme un « pays solution » face aux crises climatique et de la biodiversité. Il considère que les réformes engagées devraient être consolidées plutôt que remplacées par un modèle extractif dont les retombées économiques restent limitées.
Même son de cloche du côté des organisations congolaises. Blaise Mudodosi Muhigwa, coordonnateur national de l’ONG APEM, rappelle qu’une grande partie des concessions forestières existantes ont déjà été converties en concessions de conservation et que plusieurs autres ne sont toujours pas exploitées. Selon lui, cette situation soulève des interrogations sur les bénéficiaires potentiels d’une éventuelle levée du moratoire.

Au-delà de leur opposition à l’ouverture de nouvelles concessions, les organisations plaident pour l’accélération des réformes de la gouvernance forestière, de l’aménagement du territoire et de la sécurisation des droits fonciers des communautés locales et des peuples autochtones. Elles encouragent également le développement de la foresterie communautaire, qu’elles considèrent comme une alternative plus durable pour concilier protection des forêts, développement local et lutte contre le changement climatique.
La coalition appelle enfin les partenaires techniques et financiers de la RDC à poursuivre leur soutien aux initiatives de conservation de la biodiversité, à la gestion durable des ressources naturelles et aux projets portés par les communautés locales. Les organisations signataires affirment leur volonté de continuer à collaborer avec les autorités congolaises afin de préserver les forêts du Bassin du Congo tout en renforçant la justice climatique, la bonne gouvernance et les droits des populations qui vivent de ces écosystèmes.
Trouvez ici la lettre ouverte ainsi que la note d’accompagnement de cette lettre.
