
À Kinshasa et dans la province du Kongo Central, l’eau et l’électricité sont plus que jamais liées à la santé des écosystèmes. Chaque saison sèche rappelle cette interdépendance : lorsque les rivières perdent de leur débit, les barrages produisent moins d’électricité, les stations de pompage ralentissent leur activité et des milliers de ménages se retrouvent privés d’eau potable.
Ce phénomène illustre parfaitement le concept du Nexus Eau-Énergie-Écosystèmes (WEEN), qui met en évidence les interactions étroites entre les ressources en eau, la production énergétique et la préservation des milieux naturels.
Pour mieux comprendre cette dynamique, le Centre de Recherche en Ressources en Eau du Bassin du Congo (CRREBaC) et l’École Régionale de l’Eau (ERE) de l’Université de Kinshasa développent des recherches et des formations visant à suivre en temps réel l’évolution des débits des cours d’eau et à modéliser les impacts du changement climatique. L’objectif est d’anticiper les périodes d’étiage, de renforcer la gestion intégrée des ressources en eau et de prévenir les crises qui affectent les populations.
Une baisse des débits qui fragilise deux services essentiels

Bien que la République démocratique du Congo dispose d’un immense potentiel hydrique grâce au fleuve Congo et à ses nombreux affluents, les variations hydroclimatiques observées ces dernières années mettent en évidence une vulnérabilité croissante.
La diminution du débit de la rivière Inkisi et du fleuve Congo perturbe simultanément la production d’électricité des centrales hydroélectriques et l’alimentation en eau potable de Kinshasa. Dans plusieurs quartiers de la capitale, les habitants parcourent désormais de longues distances, bidons à la main, pour s’approvisionner en eau.
Cette situation résulte notamment du phénomène d’étiage, accentué par les changements climatiques et les pressions exercées sur les écosystèmes.
Les centrales hydroélectriques fortement touchées
Le bassin de l’Inkisi alimente plusieurs ouvrages hydroélectriques stratégiques du Kongo Central. Or, la baisse des débits réduit considérablement leurs performances.
Selon les données disponibles, la centrale de Zongo II ne produit plus qu’environ 100 MW pour une capacité installée de 150 MW. Les exploitants sont parfois contraints d’arrêter certains groupes de production afin d’adapter leur fonctionnement au volume d’eau disponible.
La centrale de Zongo I fonctionne également bien en dessous de ses capacités, avec une production estimée à seulement 18 MW pour une capacité nominale de 75 MW. La centrale de Sanga enregistre, elle aussi, une baisse de rendement qui accentue les délestages à Kinshasa et dans plusieurs localités du Kongo Central.
La SNEL évoque une décrue exceptionnelle
La Société nationale d’électricité (SNEL) attribue cette situation à une forte décrue du fleuve Congo observée durant les mois de juillet et d’août.
Selon l’entreprise, le débit du fleuve est tombé autour de 30 000 m³ par seconde, contre près de 80 000 m³ par seconde en période normale.
La société explique également que l’étiage, combiné aux déchets et aux sédiments transportés par le fleuve, limite davantage les capacités de captage de l’eau destinée à la production d’électricité.
Le chef du service Production de la SNEL, Omer Kakwenda, confirme que cette situation affecte directement la desserte électrique. La direction générale affirme toutefois avoir engagé plusieurs mesures pour améliorer progressivement le service.
Une pénurie d’électricité qui aggrave la crise de l’eau
Les difficultés rencontrées par la SNEL ont des répercussions immédiates sur la production d’eau potable.
Faute d’une alimentation électrique suffisante, les stations de pompage de la Regideso voient leurs capacités de captage, de traitement et de distribution diminuer. Un cercle vicieux s’installe alors : le manque d’électricité réduit l’accès à l’eau, tandis que les faibles débits compliquent la production énergétique.
Dans plusieurs communes de Kinshasa, notamment à N’Djili, les habitants témoignent de longues périodes sans eau au robinet, les obligeant à chercher quotidiennement d’autres sources d’approvisionnement.
Trois défis majeurs à relever
Les spécialistes identifient trois principaux défis.
Le premier concerne la forte dépendance de la production électrique à l’hydroélectricité. Toute variation du régime des cours d’eau entraîne automatiquement une baisse de la production énergétique.
Le deuxième est lié à la dégradation des bassins versants. La déforestation, l’occupation anarchique des berges et l’érosion accélèrent l’ensablement des rivières et aggravent les périodes d’étiage.
Enfin, les infrastructures hydroélectriques vieillissantes peinent à fonctionner efficacement lorsque les débits deviennent faibles, faute de modernisation et d’investissements suffisants.
Des pistes pour renforcer la résilience
Face à cette situation, les experts recommandent une approche intégrée.
Ils préconisent d’abord une diversification du mix énergétique à travers le développement de centrales solaires et de projets de biomasse afin de réduire la dépendance à l’hydroélectricité.
Ils plaident également pour la modernisation des équipements existants, notamment dans les centrales de Zongo I et II, afin d’améliorer leur rendement en période de basses eaux.
Sur le plan environnemental, les chercheurs insistent sur la mise en œuvre effective de la Gestion intégrée des ressources en eau (GIRE), avec un rôle renforcé du CRREBaC et de l’ERE dans le suivi des débits et l’analyse des effets du changement climatique.
Ils recommandent enfin des programmes de reboisement, de protection des bassins versants et des rives du fleuve Congo ainsi que l’installation de systèmes hybrides alimentés par l’énergie solaire pour sécuriser le fonctionnement des stations de pompage.
Au-delà de la crise actuelle, les chercheurs estiment que la sécurité hydrique et énergétique de Kinshasa et du Kongo Central dépendra désormais d’une gestion intégrée des ressources en eau, de la protection des écosystèmes et d’investissements durables capables de rendre les infrastructures plus résilientes face aux effets du changement climatique.
