Beni : 260 autochtones déplacés vivent dans une situation précaire, le GIRENAD appelle à une réponse urgente

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Par Premiss Batita

À l’occasion de la Journée internationale des peuples autochtones, le Groupe d’appui à la Gestion intégrée des ressources naturelles pour les droits humains et le développement durable (GIRENAD) tire la sonnette d’alarme sur la situation de 260 personnes autochtones déplacées à la suite des violences dans leur ancien campement de Ngadi, à Beni, et appelle les autorités ainsi que les acteurs humanitaires à intervenir d’urgence.

Dans un communiqué publié dimanche 9 août, l’organisation rend hommage aux peuples autochtones, tout en attirant l’attention sur les conditions de vie difficiles auxquelles sont confrontées ces familles déplacées depuis plusieurs semaines.

Le GIRENAD rappelle que les peuples autochtones jouent un rôle essentiel dans la protection des forêts, la conservation de la biodiversité et la gestion des ressources naturelles dans le Bassin du Congo. Leurs connaissances traditionnelles et leur rapport étroit avec leur environnement constituent, selon l’organisation, un patrimoine à préserver et à transmettre aux générations futures.

Des familles contraintes de fuir après les violences

Selon le communiqué, les violences survenues dans la nuit du 30 au 31 mai 2026 dans l’ancien campement de Ngadi, situé à une dizaine de kilomètres de Beni, ont coûté la vie à six personnes autochtones.

Ces événements ont provoqué le déplacement de 67 ménages représentant 260 personnes, dont 92 femmes et 71 enfants. Les familles ont trouvé refuge dans la concession du chef coutumier Kitobi, à Kipriani, où elles vivent actuellement dans des conditions jugées particulièrement difficiles.

Pour le GIRENAD, ce déplacement forcé a entraîné une rupture brutale avec les modes de vie traditionnels de ces communautés.

La chasse, la cueillette et l’utilisation de la pharmacopée naturelle, qui contribuent habituellement à leur alimentation, à leurs soins et à leur autonomie, sont devenues difficiles, voire impossibles. Cette situation accroît leur dépendance à l’assistance extérieure.

71 enfants exposés à la malnutrition

La situation des enfants constitue l’une des principales préoccupations soulevées par l’organisation.

Le GIRENAD rapporte que 71 enfants sont confrontés à la malnutrition, dans un contexte où les familles déplacées disposent de ressources très limitées pour assurer leur alimentation quotidienne.

À cette vulnérabilité nutritionnelle s’ajoutent des difficultés d’hébergement. Les familles manquent notamment d’abris adéquats, de couvertures et d’équipements essentiels pour faire face aux conditions de vie précaires.

L’absence d’éclairage sur le site de Kipriani constitue également une source de préoccupation. Selon le GIRENAD, cette situation augmente les risques auxquels sont exposés les femmes et les enfants pendant la nuit, tout en compliquant le suivi sanitaire et en aggravant la détresse psychologique des personnes déplacées.

Le déplacement de ces familles pose également un problème environnemental.

Privées de leurs moyens traditionnels de subsistance, les populations déplacées dépendent davantage du bois de feu pour répondre à leurs besoins domestiques. Le GIRENAD craint que cette situation n’accentue la pression sur les ressources forestières autour de Kipriani.

Cette pression supplémentaire pourrait également créer ou renforcer des tensions avec les communautés d’accueil autour de l’accès aux ressources naturelles.

Pour l’organisation, la situation des déplacés de Ngadi démontre ainsi que les crises humanitaires et environnementales sont étroitement liées et nécessitent des réponses prenant en compte à la fois les besoins des populations et la protection de leur environnement.

Des droits encore difficiles à faire respecter

Le GIRENAD estime par ailleurs que cette situation met en évidence les difficultés persistantes liées à l’application effective des droits reconnus aux peuples autochtones en RDC.

L’organisation rappelle l’existence de la Loi n°22/030 du 15 juillet 2022 portant protection et promotion des droits des peuples autochtones pygmées, qui reconnaît notamment des droits liés aux terres ancestrales, à la santé, à l’éducation et à la protection contre les discriminations et les expulsions forcées.

Mais quatre ans après la promulgation de cette loi, le cas des familles déplacées de Ngadi illustre, selon le GIRENAD, l’écart qui demeure entre les garanties juridiques et leur application sur le terrain.

L’organisation appelle ainsi au renforcement des mécanismes permettant de traduire les dispositions légales en mesures concrètes au bénéfice des communautés autochtones.

Le GIRENAD demande une aide humanitaire immédiate

Face à l’urgence, le GIRENAD appelle le Gouvernement congolais, les agences humanitaires et les partenaires internationaux à apporter une assistance immédiate aux familles déplacées installées à Kipriani.

Parmi les priorités identifiées figurent la mise en place d’infrastructures WASH, notamment l’accès à l’eau potable et aux installations sanitaires, ainsi que l’intégration du site dans la riposte officielle contre la maladie à virus Ebola à Beni.

L’organisation demande également la fourniture d’abris et d’articles essentiels, notamment des bâches étanches, des couvertures thermiques, des kits de dignité et des lampes solaires afin d’améliorer les conditions de vie et la sécurité des personnes déplacées.

Une assistance alimentaire d’urgence est également sollicitée pour répondre aux besoins nutritionnels des familles et lutter contre la malnutrition qui touche les enfants.

Protéger les peuples autochtones pour préserver les forêts

Au-delà de l’aide d’urgence, le GIRENAD réaffirme son engagement en faveur de la protection des droits des peuples autochtones et de la valorisation de leurs savoirs traditionnels.

L’organisation insiste notamment sur l’importance de préserver les connaissances médicales traditionnelles et le rôle des sages-femmes autochtones, en lien avec le thème retenu cette année pour la Journée internationale des peuples autochtones.

Pour le GIRENAD, il est difficile de préserver ces savoirs lorsque les communautés sont confrontées aux violences, aux déplacements forcés et à la perte de leurs territoires.

L’organisation considère par ailleurs que la protection des peuples autochtones contribue directement à la protection des forêts et de la biodiversité du Bassin du Congo, compte tenu du rôle traditionnel de ces communautés dans la gestion des ressources naturelles.

En cette Journée internationale des peuples autochtones, le GIRENAD appelle donc à dépasser les déclarations symboliques et à apporter une réponse concrète aux familles déplacées de Kipriani.

Derrière les 260 personnes recensées, souligne l’organisation, se trouvent des femmes, des enfants et des familles qui ont besoin de sécurité, de nourriture, d’un logement décent, de soins et surtout de retrouver leur dignité.

« Nos forêts, notre avenir. Nos cultures, notre richesse. Nos droits, notre dignité. »

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