Ituri : à Walendu-Pitsi, les paysans associent protection des sols et production agricole

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Par La Reine Aminata Kitambala

À Walendu-Pitsi, dans le territoire de Djugu, en province de l’Ituri, la protection de l’environnement prend racine au sommet des collines et dans les champs cultivés en pente. Loin des grandes tribunes consacrées au climat, les communautés locales contribuent à la préservation des écosystèmes à travers des pratiques agricoles qui associent production vivrière, conservation des sols et gestion des ressources naturelles. Une réalité de terrain qui rappelle que la lutte contre la dégradation environnementale commence aussi par les gestes quotidiens des agriculteurs.

Dans cette région caractérisée par un relief vallonné, les arbres jouent un rôle essentiel dans la stabilisation des sols, la rétention de l’eau et la préservation de la qualité de l’air grâce à leur capacité à capter le dioxyde de carbone. Sur certaines pentes, les champs de maïs témoignent du dynamisme agricole de la population, tandis que les arbres encore présents sur les hauteurs contribuent à limiter l’érosion. Mais cette coexistence entre agriculture et végétation reste fragile : sans couverture protectrice, les pluies peuvent entraîner la couche fertile vers les vallées, compromettant ainsi les récoltes et les moyens de subsistance des ménages.

Les pratiques culturales observées à Walendu-Pitsi révèlent également des efforts en faveur d’une agriculture plus durable. La culture du maïs, des haricots et des petits pois s’accompagne notamment de la rotation des cultures, avec des successions de pommes de terre, de maïs et de légumineuses. Ces dernières contribuent à enrichir naturellement le sol en azote, favorisant ainsi les cultures suivantes et pouvant réduire le recours aux engrais chimiques. À cela s’ajoute la mise en jachère de certaines parcelles, qui permet à la terre de se régénérer. Toutefois, les jeunes plants cultivés sur des sols encore exposés nécessitent une attention particulière pour éviter que les précipitations n’emportent les terres avant leur développement.

Au-delà de leur importance pour les exploitations agricoles, ces initiatives présentent des enjeux qui dépassent les limites de Walendu-Pitsi. La protection des collines peut contribuer à réduire le ruissellement, à préserver les sources d’eau et à limiter l’envasement des cours d’eau, avec des retombées potentielles pour les communautés de Djugu et les marchés d’approvisionnement de Nizi, Mungwalu et Bunia. À l’échelle nationale, ces efforts locaux s’inscrivent dans les enjeux de conservation du patrimoine forestier de la RDC, dont les écosystèmes jouent un rôle majeur dans la régulation du climat mondial. Ainsi, les choix agricoles d’une communauté rurale participent, à leur échelle, à une responsabilité environnementale collective.

Malgré ces acquis, plusieurs défis compromettent encore la durabilité de ces efforts : l’érosion des terres, l’insuffisance du couvert arboré, la pression liée à la production du charbon de bois, la vulnérabilité des sources d’eau et le manque de soutien technique et matériel aux agriculteurs. Pour y répondre, les communautés sont appelées à préserver les arbres sur les sommets, aménager des dispositifs antiérosifs, développer des pépinières familiales et scolaires, protéger les abords des sources et renforcer les pratiques agricoles collectives. De leur côté, les pouvoirs publics devraient promouvoir l’encadrement agronomique, soutenir le reboisement, améliorer l’accès à des solutions énergétiques alternatives et réhabiliter les routes de desserte agricole. Les partenaires techniques et financiers pourraient, quant à eux, contribuer à travers la fourniture de plants, de semences, d’outils, de formations pratiques et l’appui aux initiatives communautaires.

La consolidation de ces efforts exige donc une collaboration durable entre les habitants, les autorités et les partenaires au développement. La protection des ressources en eau, la restauration du couvert végétal et l’adoption de techniques agricoles adaptées ne peuvent reposer uniquement sur la volonté des paysans, qui ont également besoin d’un accompagnement institutionnel et d’investissements de proximité. Dans cette perspective, Walendu-Pitsi offre un exemple de l’importance des solutions environnementales conçues à partir des réalités locales, où la sécurité alimentaire et la préservation des écosystèmes doivent avancer de pair.

À Walendu-Pitsi, préserver une colline, maintenir un arbre sur une pente ou laisser une parcelle se régénérer ne relève pas d’un simple geste écologique : c’est aussi protéger les récoltes, les sources d’eau et l’avenir des générations à venir. De Djugu à l’ensemble de l’Ituri, ces pratiques rappellent que la protection de l’environnement ne commence pas uniquement dans les grandes conférences internationales, mais aussi dans les communautés qui dépendent directement de la terre. Une contribution locale dont la portée rejoint les enjeux nationaux et mondiaux de lutte contre le changement climatique.

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