
Dans plusieurs quartiers de Beni, les habitants vivent désormais avec une peur diffuse, celle de voir la terre céder sous leurs pieds. Ce vendredi, l’émission « Écho de l’environnement et du développement durable » diffusée sur la Radio Télévision Rwanzururu (93.5 FM) a servi de caisse de résonance à cette inquiétude grandissante. Au fil des appels, un constat s’impose : les éboulements ne sont plus des incidents isolés, mais une menace qui s’étend bien au-delà des communes de Rwenzori et Beu.
Dans les zones en pente, les témoignages se ressemblent. Des fissures apparaissent sur les murs, le sol se dérobe lentement, et à chaque pluie, l’angoisse monte d’un cran. Si les précipitations sont souvent pointées du doigt, les habitants reconnaissent aussi une part de responsabilité humaine dans cette situation.
Au cœur des discussions, un mot revient avec insistance : salongo. Ces travaux communautaires d’assainissement, autrefois réguliers, sont aujourd’hui négligés dans plusieurs quartiers. Résultat : des caniveaux obstrués par les déchets, des eaux de pluie qui stagnent, s’infiltrent dans le sol et le fragilisent. Petit à petit, la terre perd sa résistance, ouvrant la voie aux éboulements.
Mais le problème ne s’arrête pas là. L’expansion rapide de la ville, souvent sans planification, aggrave les risques. Des maisons sont construites dans des zones instables, des arbres sont abattus sans être remplacés, et les règles de construction sont parfois ignorées. Sous la pression démographique, certaines familles n’ont d’autre choix que de s’installer là où le danger est pourtant bien réel.

Les conséquences sont visibles et parfois dramatiques. Des habitations se fissurent ou s’effondrent, des familles se retrouvent à la rue du jour au lendemain. Et au-delà des dégâts matériels, les risques sanitaires augmentent : les eaux stagnantes, mêlées aux déchets, deviennent un terrain propice aux maladies comme le choléra ou la typhoïde.
Face à cette situation, l’appel à l’action est clair. Les habitants sont invités à reprendre en main l’entretien de leur environnement, en participant activement au salongo et en évitant de transformer les caniveaux en dépotoirs. Reboiser, aménager correctement les parcelles et respecter les zones à risque sont autant de gestes qui peuvent faire la différence.
Les autorités, elles, sont attendues sur plusieurs fronts : renforcer le contrôle de l’urbanisation, identifier les zones dangereuses, améliorer les systèmes de drainage et intensifier les campagnes de sensibilisation. Une meilleure gestion des déchets et la mise en place de mécanismes d’alerte pourraient également contribuer à prévenir le pire.
À Beni, la lutte contre les éboulements ne pourra aboutir sans un effort collectif. Entre responsabilités individuelles et engagement des pouvoirs publics, c’est toute une ville qui doit se mobiliser pour éviter que ces drames ne deviennent une fatalité.
Premiss Batita
