
Le conflit opposant les peuples autochtones Twa, communément appelés Pygmées, aux écogardes du Parc national de Kahuzi-Biega demeure une question sensible et complexe en République démocratique du Congo. Cette problématique met en opposition la protection de la biodiversité et les droits des communautés locales vivant historiquement autour du parc. Dans ce documentaire l’ingénieur Joël Bololi Itombo va prélevé les causes et les conséquences des conflits regina entre les peuples autochtones et les éco-gardes, proposera également une piste de sorties.
Dans une interview accordée à Radio Okapi, l’ingénieur BOLOLI ITOMBO Joël, spécialiste en gestion des aires protégées en Afrique, a analysé les principales causes de ce conflit, ses conséquences ainsi que les stratégies pouvant contribuer à une gestion durable du parc.
Selon l’intervenant, les communautés Twa évoquent principalement deux causes majeures sont à l’origine des tensions.
La première est l’expulsion historique des communautés autochtones lors de la création et de l’extension du Parc national de Kahuzi-Biega, sans compensation suffisante ni reconnaissance de leurs droits coutumiers sur leurs terres ancestrales.
La seconde concerne l’interdiction d’accès aux ressources naturelles dont dépendaient traditionnellement les populations autochtones pour leur survie, notamment la chasse traditionnelle, le miel, les plantes médicinales, le bois et le bambou.
L’ingénieur rappelle également une réflexion souvent reprise dans les études sur la conservation : « La pauvreté est le manque d’alternatives économiques ».

Du côté des écogardes, le principal facteur de tension demeure la présence de groupes armés et des activités illégales à l’intérieur du parc. Cette situation complique considérablement le travail de conservation et accentue les incompréhensions entre les populations locales et les autorités chargées de la protection de l’aire protégée.
À cela s’ajoute, selon l’expert, un sentiment d’injustice environnementale ainsi qu’un manque de dialogue entre les gestionnaires du parc et les communautés riveraines.
Les conséquences du conflit
L’ingenieur Joël distingue plusieurs conséquences touchant à la fois les populations Twa, les éco-gardes et la biodiversité du parc.
Les communautés autochtones ou les populations TWA subissent notamment :
- Les déplacements forcés et la perte des terres ancestrales ;
- L’aggravation de la pauvreté et de la marginalisation sociale ;
- Les accusations de violations des droits humains rapportées par certaines organisations.
Le conflit entraîne également des conséquences pour le parc et les éco-gardes, dont l’on remarque souvent :
- Une augmentation des tensions et de la méfiance envers les autorités de conservation ;
- Des difficultés dans la protection efficace de la biodiversité ;
- La dégradation de certaines zones du parc à cause de l’exploitation illégale des ressources naturelles ;
- L’implantation de fermes d’élevage de grand bétail dans certains corridors écologiques avec, selon l’intervenant, des implications politiques.

La biodiversité n’est pas épargné de ces atrocités. Le spécialiste souligne aussi plusieurs menaces directes sur l’environnement, plusieurs espèces menacées :
- La déforestation et l’exploitation minière illégale ;
- Les menaces pesant sur les gorilles de Grauer, les éléphants ainsi que d’autres espèces emblématiques du parc.
Le rôle des écogardes face aux groupes armés et aux braconniers
L’ingénieur BOLOLI ITOMBO Joël rappelle que les écogardes ont pour mission principale :
- De surveiller le parc et lutter contre le braconnage ;
- D’empêcher l’exploitation illégale des ressources naturelles ;
- De signaler ou combattre les intrusions avec l’appui des autorités compétentes.
Cependant, plusieurs rapports ont contribué à fragiliser la confiance entre certaines communautés pygmées et les écogardes.
Par ailleurs, ces derniers font eux-mêmes face à de nombreux défis, notamment :
- La présence permanente des groupes armés ;
- Le manque de moyens logistiques ;
- L’insécurité persistante ;
- Les difficultés d’accès à certaines zones du parc.

Les stratégies proposées pour une meilleure protection des aires protégées
En tant que spécialiste de la gestion des aires protégées, l’intervenant propose huit stratégies qu’il juge essentielles pour améliorer durablement la protection du Parc national de Kahuzi-Biega :
- Associer les communautés locales et les peuples autochtones à la gestion du parc ;
- Reconnaître et respecter les droits des peuples autochtones ;
- Développer des activités génératrices de revenus autour du parc, notamment l’agriculture durable, l’écotourisme, l’apiculture et l’artisanat ;
- Renforcer la formation des écogardes sur les droits humains et améliorer leur niveau tactique ;
- Mettre en place des mécanismes de dialogue et de règlement des plaintes ;
- Lutter efficacement contre les groupes armés, le braconnage et l’exploitation minière illégale ;
- Partager équitablement les bénéfices de la conservation avec les communautés riveraines ;
- Créer ou renforcer des zones tampons communautaires autour du parc.
Pour l’ingénieur BOLOLI ITOMBO Joël, la protection durable du Parc national de Kahuzi-Biega dépend autant de la préservation de sa biodiversité exceptionnelle que d’une meilleure intégration des peuples autochtones Twa dans les décisions liées à leurs terres et à leurs moyens de subsistance.
Cette approche participative apparaît aujourd’hui comme une condition essentielle pour réduire les tensions et garantir une coexistence harmonieuse entre conservation de la nature et droits des communautés locales.
