
Par Patrick Mapenzi
Niché dans la province du Sud-Kivu, le massif forestier d’Itombwe abrite l’une des biodiversités les plus riches d’Afrique. Dans un récent article scientifique publié dans le rapport de Berggorilla et Regenwald Direkthilfe, Numéro 72, Juin 2026, Monsieur John Baliwa Ngoy, Conservateur à l’ICCN et Directeur Exécutif de l’ONG Eco-Citoyen, dresse l’état des lieux d’un laboratoire vivant unique au monde, menant un combat quotidien pour sa survie face aux pressions géopolitiques, à l’exploitation minière et au dérèglement des saisons.
Un sanctuaire écologique unique en Afrique
Créée officiellement en octobre 2006, la Réserve Naturelle d’Itombwe (RNI) s’étend sur un immense massif forestier qui représente la plus grande zone de forêts de montagne et de transition de tout le continent africain. Comme le souligne Monsieur John Baliwa Ngoy dans ses écrits, ce site, d’une superficie globale de près de 12 000 km², abrite un cœur forestier continu de 6 500 km² s’élevant jusqu’à 3 700 mètres d’altitude.
Ce relief exceptionnel abrite des habitats variés : bambous, tourbières, savanes boisées de haute altitude et forêts denses. C’est surtout le refuge de deux espèces de grands singes emblématiques et gravement menacées :
– Le gorille de Grauer (Gorilla beringei graueri), une sous-espèce endémique de l’est de la RDC.
– Le chimpanzé oriental (Pan troglodytes schweinfurthii).
Selon les données scientifiques mises en avant par le chercheur, les forêts de la réserve jouent un rôle de régulateur mondial en stockant environ 129 millions de tonnes de carbone, constituant un immense puits de carbone indispensable contre le réchauffement de la planète.

Braconnage et exploitation minière : les menaces s’intensifient
Malgré son importance planétaire, la réserve évolue dans le contexte géopolitique instable de la région du Rift Albertin. L’analyse de l’expert met en lumière les conflits armés à répétition qui poussent les populations déplacées à s’installer aux abords ou à l’intérieur des limites de la réserve pour leur survie, entraînant une déforestation agricole et la production de charbon de bois.
L’écosystème subit également l’impact de l’extraction minière artisanale et semi-industrielle, notamment près des secteurs d’Elila (à Kitutu) et d’Ulindi (à Twangiza).
Le braconnage a des conséquences dramatiques sur la faune sauvage. L’article de M. Baliwa Ngoy rappelle une étude de la Wildlife Conservation Society (WCS) révélant un constat alarmant dans la vallée de Mwana, au cœur de la réserve : la population de gorilles y est passée de 211 individus en 1996 à seulement 73 en 2020. À plus large échelle, la population globale des gorilles de Grauer dans l’est de la RDC s’est effondrée, chutant de 17 000 avant les conflits à environ 6 800 individus, soit une perte de plus de la moitié en l’espace de 26 ans.
L’adaptation de la gestion sur le terrain en 2025
En tant que Conservateur au sein de l’Institut Congolais pour la Conservation de la Nature (ICCN), l’auteur témoigne de l’application d’une gestion adaptative pour maintenir les activités de protection sur le terrain. Grâce aux efforts des éco-gardes et au soutien de partenaires internationaux (comme l’ONG allemande Berggorilla & Regenwald Direkthilfe ou The Gorilla Organization), le bilan des opérations de surveillance pour l’année 2025 affiche des résultats concrets :

– 29 patrouilles de surveillance menées sur le terrain, totalisant 192 jours de mission.
– 21,8 % de couverture territoriale de la réserve sécurisée.
– 721 pièges de braconniers détruits et 14 camps illégaux démantelés.
– 30 braconniers interceptés et sensibilisés aux lois de conservation.
Parallèlement, l’utilisation de caméras pièges a permis de capturer de nombreuses images de la faune sauvage et de suivre précisément la répartition géographique des populations de grands singes à travers les différents secteurs de la réserve.
Les données publiées par Monsieur Baliwa Ngoy pour l’année 2025 révèlent un total de 331 chimpanzés observés sur l’ensemble du territoire, dont la grande majorité soit 207 individus a été dénombrée dans le secteur de Mulambozi, tandis que le secteur d’Ulindi en comptait 9. En ce qui concerne les gorilles de Grauer, le recensement global fait état de 384 individus localisés de manière exclusive dans deux zones clés : le secteur d’Elila, qui abrite 115 gorilles, et le secteur de Mulambozi, véritable bastion de l’espèce avec 269 individus recensés, tandis qu’aucune observation n’a été signalée cette année-là dans le secteur d’Ulindi.
Le climat perturbe les communautés locales
Le dérèglement climatique mondial n’épargne pas Itombwe et modifie l’équilibre fragile de la région. En tant que Directeur Exécutif de l’ONG Eco-Citoyen, John Baliwa Ngoy observe de près ces mutations environnementales. Les cycles saisonniers sont devenus imprévisibles, ce qui perturbe fortement le calendrier agricole des populations locales, notamment autour de Mwenga-centre où les agriculteurs font face à des pertes de récoltes dues à l’irrégularité des pluies.
Pendant la saison sèche, la baisse critique des précipitations entraîne le tarissement de plusieurs cours d’eau majeurs du massif, tels que les rivières Ulindi, Kitongo, Kikuzi et Zalya, qu’il est désormais possible de traverser entièrement à pied.
La survie de ce joyau repose sur l’implication des communautés locales. L’article met en avant la contribution des populations autochtones Pygmées (des chefferies de Lwindi, Basile et Wamuzimu) qui apportent leur savoir traditionnel unique pour guider les efforts de conservation basés sur leurs rites, coutumes et totems protecteurs.
L’éducation environnementale, un pilier également défendu par l’ONG Eco-Citoyen, joue un rôle clé : en 2025, les campagnes de sensibilisation de l’ICCN ont touché 626 personnes, dont 264 écoliers et 118 élèves plus âgés. Face à la découverte d’espèces uniques au monde, les communautés et les enseignants demandent désormais un renforcement des clubs écologiques en milieu scolaire pour faire d’Itombwe le moteur d’un développement durable et local.
« Sauvegarder la Réserve Naturelle d’Itombwe ne relève pas seulement d’un enjeu local : dans un monde en crise écologique, préserver Itombwe, c’est agir concrètement pour l’avenir de la planète entière », conclut l’étude de Monsieur John Baliwa Ngoy, publié dans le rapport de Berggorilla et Regenwald Direkthilfe, Numéro 72, Juin 2026.

