
Chaque 24 septembre, le monde célèbre la Journée mondiale du gorille, une occasion de rappeler l’importance de la protection de ces grands singes menacés et de leurs habitats. Dans le massif des Virunga, qui s’étend entre la République démocratique du Congo, le Rwanda et l’Ouganda, les efforts de conservation continuent de produire des résultats encourageants, malgré les pressions liées au braconnage, aux maladies, à la dégradation des habitats et aux conflits armés.
La Journée mondiale du gorille est célébrée le 24 septembre en hommage à Dian Fossey, la primatologue américaine qui a consacré une grande partie de sa vie à l’étude et à la protection des gorilles de montagne. Cette date correspond à la création, en 1967, du Centre de recherche de Karisoke, dans les montagnes des Virunga au Rwanda. La Journée mondiale du gorille a été officiellement lancée en 2017, à l’occasion du 50e anniversaire de la création de Karisoke.
Aujourd’hui, les gorilles restent confrontés à plusieurs menaces, notamment la destruction et la fragmentation de leur habitat, les activités illégales, les maladies et les pressions humaines sur les espaces naturels. Pour les gorilles de montagne, toutefois, l’évolution démographique constitue l’une des histoires encourageantes de la conservation contemporaine. Leur population, qui ne comptait plus que quelques centaines d’individus dans les années 1980, dépasse désormais le millier dans le massif des Virunga.
Le Virunga congolais enregistre de nouvelles naissances

En République démocratique du Congo, le Parc national des Virunga joue un rôle majeur dans la protection des gorilles de montagne. Le secteur de Mikeno abrite les familles de gorilles suivies quotidiennement par les équipes de conservation et les pisteurs communautaires.
Depuis le début de l’année 2026, 13 naissances ont été enregistrées dans le Parc national des Virunga, selon les données publiées par le parc. Ce chiffre dépasse déjà les huit naissances enregistrées pendant toute l’année 2025.
Parmi les événements les plus remarquables figurent deux naissances gémellaires enregistrées en l’espace de quelques mois.
Le 3 janvier 2026, la femelle Mafuko, de la famille Bageni, a donné naissance à deux petits mâles. Les pisteurs communautaires ont rapidement confirmé leur bonne santé. Cette naissance avait porté l’effectif de la famille Bageni à 59 individus, faisant d’elle le plus grand groupe de gorilles du parc à ce moment-là.
Une deuxième naissance gémellaire a ensuite été enregistrée dans la famille Baraka, toujours dans le secteur de Mikeno. Les deux petits, un mâle et une femelle, étaient suivis de près par les équipes de terrain. Les naissances de jumeaux restent extrêmement rares chez les gorilles de montagne et représenteraient moins de 1 % des naissances.
Ces naissances ne constituent pas seulement une source d’espoir pour les défenseurs de la biodiversité. Elles montrent également l’importance du suivi quotidien des familles de gorilles par les pisteurs, les écogardes, les scientifiques et les vétérinaires.
Des « jardiniers » indispensables de la forêt
Les gorilles jouent également un rôle écologique important dans les forêts tropicales. En se nourrissant de fruits et en se déplaçant dans leur habitat, ils participent à la dispersion de nombreuses graines et contribuent ainsi à la régénération de la forêt.
La protection des gorilles dépasse donc la seule conservation d’une espèce emblématique. Elle contribue aussi à préserver les écosystèmes forestiers dont dépendent de nombreuses autres espèces, mais aussi les communautés humaines.
Dans le massif des Virunga, la conservation repose notamment sur le travail quotidien des écogardes, des pisteurs communautaires, des chercheurs, des vétérinaires et des communautés riveraines.
Au Rwanda, le gorille est aussi associé à la culture et au tourisme
Au Rwanda, la protection des gorilles s’accompagne d’une importante stratégie de valorisation du patrimoine naturel. L’un des événements les plus connus est Kwita Izina, la cérémonie annuelle au cours de laquelle des bébés gorilles de montagne reçoivent officiellement un nom.
La 21e édition de Kwita Izina s’est tenue le 4 septembre 2026 à Kinigi, au pied du Parc national des Volcans. Vingt-deux jeunes gorilles nés au cours de l’année précédente ont reçu des noms. Depuis le lancement de cette cérémonie en 2005, 460 gorilles de montagne ont été nommés.
La tradition s’inspire du système traditionnel rwandais de nomination des enfants. Le nom donné à un nouveau-né permettait notamment de marquer son entrée dans la communauté et pouvait rappeler les circonstances de sa naissance, les aspirations de la famille ou un événement particulier.
Transposée aux gorilles, cette tradition donne également une identité aux animaux suivis par les équipes de conservation. Les noms facilitent leur identification et permettent aux chercheurs, vétérinaires et écogardes de suivre leur histoire, leur comportement, leur santé et leurs liens familiaux.
La conservation profite aussi aux communautés
Au Rwanda, les revenus issus du tourisme sont également utilisés dans les communautés vivant autour des parcs. Le mécanisme de partage des revenus touristiques a été porté à 10 % des recettes liées aux activités touristiques dans les parcs, avec des financements destinés notamment à des projets communautaires dans les domaines de l’éducation, de la santé, de l’eau et du développement local.
Cette approche vise à renforcer le lien entre la conservation et les conditions de vie des populations riveraines, en faisant du tourisme lié à la faune une source de retombées pour les communautés.

En RDC, une conservation menée dans un contexte sécuritaire difficile
La situation est différente dans la partie congolaise du massif des Virunga. Le Parc national des Virunga est confronté depuis plusieurs années à un contexte sécuritaire particulièrement difficile, marqué notamment par la présence et les activités de groupes armés.
Cette situation complique l’organisation de grands événements internationaux autour des gorilles et limite également l’accès à certaines zones du parc. Dans le secteur Mikeno, où vivent les gorilles de montagne, les équipes de conservation poursuivent néanmoins le suivi des familles.
Au lieu d’une grande cérémonie publique comparable à Kwita Izina, les naissances sont principalement suivies et documentées directement sur le terrain par les pisteurs communautaires et les équipes de conservation.
Les nouveau-nés sont observés pendant leurs premières semaines avant qu’un nom puisse leur être attribué. Cette identification permet ensuite aux équipes de mieux suivre chaque individu et de documenter l’évolution des familles.
Un patrimoine à protéger malgré les menaces
La progression de la population des gorilles de montagne constitue un résultat important de plusieurs décennies de conservation. Mais cette amélioration ne signifie pas que les menaces ont disparu.
La destruction des habitats, les maladies, les activités illégales, les pressions humaines et l’insécurité continuent de peser sur les écosystèmes des Virunga. Les efforts de conservation doivent donc se poursuivre avec la participation des communautés riveraines.
En cette Journée mondiale du gorille, le message reste ainsi le même : protéger le gorille, c’est aussi protéger la forêt, la biodiversité et les communautés qui dépendent de ces écosystèmes.
