
Par Emmanuel Kasereka bin Vikingi
La République démocratique du Congo veut désormais donner une colonne vertébrale institutionnelle à son marché des crédits carbone. À Kinshasa, la ministre de l’Environnement, Développement durable et Nouvelle Économie du Climat, Marie Nyange Ndambo, a échangé ce jeudi avec le gouverneur de la Banque centrale du Congo (BCC), André Wameso, sur les réformes engagées pour structurer ce secteur stratégique et accroître la valeur économique du patrimoine écologique congolais. Selon les informations recueillies par la rédaction de NaturelCD.net auprès de la Cellule de communication du ministère de l’Environnement, Développement durable et Nouvelle Économie du Climat (MEDD-NEC), cette rencontre s’inscrit dans le cadre des réformes engagées par les autorités congolaises pour structurer et crédibiliser le marché national des crédits carbone.
Cette rencontre intervient dans un contexte de réorganisation profonde du marché carbone national. L’ambition affichée par les autorités est de construire un mécanisme à la fois structuré, transparent et conforme aux standards internationaux, afin de renforcer la crédibilité des crédits issus des projets développés en RDC. Au cœur de cette dynamique se trouve la mise en œuvre de la nouvelle « loi carbone », qui vient préciser les responsabilités des institutions appelées à participer à la gouvernance de ce marché en pleine construction.

Parmi les principaux dispositifs envisagés figure la création d’un registre national souverain des crédits carbone. Sollicitée par le ministère de l’Environnement, la Banque centrale du Congo est appelée à héberger cet outil qui devrait constituer l’une des pièces maîtresses de la nouvelle architecture carbone congolaise. Son rôle sera notamment de permettre un meilleur enregistrement et un suivi plus rigoureux des crédits, tout en renforçant la traçabilité des opérations réalisées sur le marché.
Derrière cette infrastructure institutionnelle se dessine un enjeu plus large : celui de la souveraineté du pays sur ses propres actifs environnementaux. En disposant d’un registre national placé sous responsabilité congolaise, les autorités entendent mieux maîtriser les informations relatives aux crédits carbone, sécuriser leur circulation et renforcer la transparence du processus. L’objectif est également de consolider les conditions nécessaires à une certification crédible, susceptible de répondre aux exigences des marchés internationaux.
Pour la RDC, l’enjeu est loin d’être uniquement environnemental. Il touche directement à la capacité du pays à transformer son immense capital écologique en ressources au service de son économie. Forêts, biodiversité et capacité de séquestration du carbone constituent autant d’atouts susceptibles de soutenir la finance climatique. La mise en place d’un registre souverain doit ainsi contribuer à mieux identifier, encadrer et valoriser ces ressources dans un marché mondial où la traçabilité et la crédibilité constituent des conditions déterminantes.
À l’issue de la rencontre, le gouverneur André Wameso a insisté sur l’importance des réformes en cours pour donner davantage de crédibilité au processus congolais. Il a notamment souligné que l’aboutissement attendu de ce travail serait la mise en place d’un registre souverain hébergé par la Banque centrale, avec pour ambition de permettre à la RDC de « valoriser et monétiser pleinement ses crédits carbone », selon ses propos rapportés par la Cellule de communication du MEDD-NEC.
La démarche conjointe du MEDD-NEC et de la Banque centrale du Congo marque ainsi une nouvelle étape dans la construction du marché carbone national. À travers cet outil, la RDC cherche à passer d’un potentiel écologique considérable à une valeur économique mieux organisée, mieux contrôlée et davantage traçable. Le futur registre souverain apparaît dès lors comme l’un des instruments appelés à accompagner cette transformation, au croisement de la protection de l’environnement, de la souveraineté économique et des nouvelles perspectives offertes par la finance climatique.
