
Par Denise Kyalwahi
L’Afrique fait face à une croissance rapide de ses déchets, alors que les systèmes de collecte et de recyclage restent insuffisants. Pour le Dr Faustin Dahito, expert senior en énergies renouvelables, cette crise peut toutefois devenir une opportunité de créer des emplois, produire de l’énergie et protéger l’environnement.
L’Afrique produisait environ 174 millions de tonnes de déchets solides municipaux en 2016. Ce volume pourrait dépasser 300 millions de tonnes par an d’ici 2030, selon les données présentées par le Dr Faustin Dahito, ingénieur en génie électrique et président d’ENERDAS Group SA, basé à Cotonou, au Bénin.
Dans une réflexion partagée avec les journalistes du RIME ( Réseau International des médias energie et environnement), l’expert souligne que la collecte reste insuffisante. En moyenne, seuls 55 % des déchets seraient collectés, tandis que le recyclage ne représente que 4 à 5 %. Une grande quantité est encore abandonnée dans la nature ou brûlée à ciel ouvert.
Cette situation pose des risques pour la santé et l’environnement, notamment à cause de la pollution de l’air, des sols et des cours d’eau. Les déchets organiques, qui représentent environ 57 % du volume, produisent également du méthane lorsqu’ils se décomposent dans certaines décharges.
Des déchets qui peuvent créer des emplois

Pour le Dr Dahito, les déchets ne doivent cependant pas être considérés uniquement comme un problème.
Le recyclage, le compostage, le biogaz et la valorisation énergétique peuvent créer des emplois et générer des revenus. Les travailleurs informels qui récupèrent déjà les plastiques, métaux et autres matières recyclables devraient, selon lui, être mieux intégrés dans les systèmes officiels et bénéficier d’équipements et d’une meilleure protection.
Le Bénin constitue un exemple cité dans son analyse. Dans le Grand Nokoué, la mise en place de la Société de Gestion des Déchets et de la Salubrité (SGDS) a permis de renforcer la collecte. En 2024, plus de 421 000 tonnes de déchets y auraient été collectées et près de 1 955 tonnes de matières valorisables récupérées dans les unités de tri.
« Réduire, trier et valoriser »
Face à l’augmentation des déchets, l’expert recommande notamment d’investir dans le tri et le compostage, de renforcer les partenariats entre les pouvoirs publics et le secteur privé et d’améliorer l’organisation du secteur informel.
La sensibilisation des citoyens reste également essentielle, notamment pour réduire les déchets à la source et favoriser leur tri.
Pour le Dr Faustin Dahito, l’Afrique dispose ainsi d’une possibilité de transformer une partie de ses déchets en emplois, énergie, engrais et revenus. La gestion des déchets ne devrait donc plus être seulement une question de salubrité, mais aussi un enjeu de développement économique et de protection de l’environnement.
