Bunia : des taxes collectées, des déchets abandonnés, Prince Udotha exige des comptes

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Par La Reine Aminata Kitambala

À Bunia, chef-lieu de la province de l’Ituri, l’insalubrité persistante au marché central suscite de vives préoccupations parmi les commerçants. Des amas d’immondices, constitués notamment de déchets ménagers, de matières organiques en décomposition et de plastiques, occupent une partie importante des voies de circulation, perturbant les activités commerciales et exposant vendeurs et acheteurs à des risques sanitaires. Face à cette situation, Prince Udotha, coordonnateur provincial de l’Engagement pour la citoyenneté et le développement (ECiDé), parti politique de Martin Fayulu, dénonce un dysfonctionnement dans la gestion de l’assainissement du marché.

Au cœur de son interpellation figure une taxe hebdomadaire de 1 000 francs congolais (FC), qui serait exigée chaque vendredi et samedi auprès des exploitants des étalages et des boutiques, en collaboration avec le service d’hygiène. Selon les témoignages recueillis auprès de certaines vendeuses, cette contribution ne s’accompagnerait pas toujours de la délivrance d’un reçu, tandis que le refus de paiement exposerait les commerçants à des intimidations, voire à la fermeture de leurs étalages. « Nous payons 1 000 francs pour l’assainissement, mais il n’y a pas de propreté ! Nos enfants risquent de tomber malades », déplore une vendeuse, exprimant le sentiment d’abandon partagé par plusieurs acteurs économiques du marché.

S’appuyant sur des estimations présentées comme provenant de sources proches du marché, Prince Udotha avance que celui-ci compterait environ 6 000 étalages actifs et près de 10 000 boutiques et magasins. Sur la base d’une contribution de 1 000 FC par unité, les recettes potentielles atteindraient ainsi 16 millions de francs congolais par semaine, soit environ 64 millions par mois et 768 millions par an. Des montants qui soulèvent des interrogations sur la destination des fonds collectés, leur traçabilité et leur affectation effective aux opérations d’assainissement. « Le service d’hygiène est incapable d’évacuer les déchets », dénonce le coordonnateur provincial de l’ECiDé, qui demande davantage de transparence dans la gestion de ces ressources.

L’absence prolongée d’évacuation des déchets constitue un autre motif de préoccupation. D’après Prince Udotha, certaines immondices resteraient sur place depuis au moins une semaine, voire un mois, les responsables évoquant une panne du véhicule chargé de leur collecte. Cette accumulation entrave la circulation des motocyclistes et des clients, tandis que les commerçants poursuivent leurs activités dans un environnement particulièrement insalubre. La proximité entre les déchets en décomposition et les produits alimentaires, notamment les légumes, les fruits, le manioc et les fretins, accentue les inquiétudes. La prolifération des mouches, des rats et des moustiques, ainsi que le risque de contamination des eaux de ruissellement, font craindre une aggravation des maladies d’origine hydrique, notamment le choléra, la fièvre typhoïde et les maladies diarrhéiques.

Au-delà de la dimension sanitaire, cette situation prend également une tournure politique. Prince Udotha estime que les autorités urbaines manquent à leurs responsabilités en matière d’assainissement et de protection de la population. Rappelant que son parti avait déjà réclamé la démission du maire de Bunia pour mauvaise gestion présumée et incapacité à assainir la ville, il appelle cette fois le ministre de l’Intérieur à se saisir du dossier. « Il faut que le ministre de l’Intérieur se saisisse du cas du maire de la ville de Bunia », insiste-t-il. L’acteur politique affirme par ailleurs porter la voix des opérateurs économiques qui, selon lui, hésiteraient à dénoncer ces pratiques par crainte de représailles.

Contactée pour obtenir sa réaction, la mairie de Bunia n’avait pas encore communiqué officiellement sur les modalités de perception de cette taxe ni sur les difficultés évoquées concernant le véhicule d’évacuation des déchets. Les tentatives de notre rédaction pour joindre le service municipal d’hygiène sont également restées sans suite. Des sources proches de l’hôtel de ville évoquent néanmoins un partenariat avec un opérateur privé chargé de l’assainissement, ainsi que des contraintes logistiques et d’approvisionnement en carburant. La rédaction de naturelcd.net reste disposée à publier la version des autorités municipales dès qu’elle sera disponible, conformément au principe du contradictoire.

En attendant des éclaircissements sur la gestion des contributions perçues et la reprise effective des opérations d’assainissement, les commerçants du marché central continuent de faire face à une situation qui affecte à la fois leurs activités et leur sécurité sanitaire. Pour les vendeuses, les explications liées aux pannes ne suffisent plus : elles attendent des actions concrètes et régulières d’évacuation des déchets. Cette affaire remet ainsi au premier plan une exigence fondamentale de gouvernance locale : toute taxe prélevée au nom d’un service public doit se traduire par des prestations visibles, efficaces et vérifiables au bénéfice de la population.

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