Bunia: le lac Albert menacé par les activités pétrolières en Ouganda

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Le lac Albert, à cheval entre l’Ouganda et la République démocratique du Congo, est aujourd’hui au cœur d’une inquiétude grandissante. Pour les milliers de familles qui vivent de ses eaux, il ne s’agit pas d’un simple plan d’eau, mais d’une source de vie, d’un pilier économique et d’un patrimoine commun. Pourtant, cet équilibre fragile est désormais menacé par l’essor des activités pétrolières sur sa rive ougandaise.

Depuis plusieurs mois, les communautés riveraines tirent la sonnette d’alarme. En septembre 2025, en pleine saison de pêche, une chute brutale des captures a été constatée dans plusieurs localités. Ce phénomène, jugé inhabituel, a rapidement suscité des inquiétudes.

Ces observations de terrain trouvent un écho dans des analyses scientifiques. L’organisation Environmental Law Alliance Worldwide a en effet publié un rapport alertant sur les risques liés aux projets pétroliers Tilenga et Kingfisher. Ces derniers pourraient entraîner une pollution accrue du lac, notamment par un phénomène d’eutrophisation une prolifération excessive d’algues qui appauvrit l’oxygène de l’eau et menace la vie aquatique.

Selon cette expertise, le lac ne devrait pas absorber plus de 1 200 tonnes de phosphore par an pour maintenir un équilibre écologique acceptable. Or, les activités humaines combinées au développement pétrolier pourraient franchir ce seuil critique.

Des risques sanitaires et économiques majeurs

Au-delà de la biodiversité, c’est aussi la santé humaine qui est en jeu. Des études citées dans le rapport signalent la présence de microcystines — des toxines produites par certaines algues — à des niveaux pouvant atteindre jusqu’à 300 fois les seuils considérés comme sûrs dans certains poissons du lac.

Ces substances représentent un danger direct pour les populations qui dépendent du lac pour leur alimentation quotidienne. Elles menacent également l’économie locale, largement fondée sur la pêche artisanale.

À cela s’ajoutent les risques liés aux déchets pétroliers. Le projet Kingfisher pourrait générer environ 200 tonnes de boues huileuses par an, classées comme dangereuses. En cas de fuite ou de mauvaise gestion, ces déchets pourraient contaminer durablement les eaux, les sédiments et les zones humides environnantes.

Une menace transfrontalière

La particularité du lac Albert réside dans son caractère partagé. Les eaux, les poissons et les courants ignorent les frontières politiques. Ainsi, toute pollution sur la rive ougandaise affecte inévitablement la rive congolaise.

Les territoires de Mahagi, Djugu et Irumu, en RDC, sont particulièrement exposés, alors même que les populations locales affirment ne pas avoir été consultées sur ce point de vue. Cette situation soulève des questions majeures de justice environnementale et de gouvernance régionale.

Un recours a d’ailleurs été introduit devant la Communauté d’Afrique de l’Est, dénonçant notamment l’absence d’évaluation environnementale transfrontalière et le manque de consultation des communautés affectées.

Au-delà des forages, c’est l’ensemble du modèle de développement autour du pétrole qui est pointé du doigt ( L’augmentation rapide des populations autour des sites d’exploitation, l’expansion des eaux usées, l’urbanisation désordonnée, la pression agricole et pastorale, ainsi que l’insuffisance des systèmes de gestion des déchets, alourdissent dangereusement la charge polluante du lac. Les craintes persistantes sont liées à la mauvaise élimination des déchets de forage, au ruissellement contaminé et à l’insuffisance des mesures de prévention contre les déversements. ) etcs contribuent à aggraver la pollution du lac.

Pour les communautés riveraines, cette situation est perçue comme profondément injuste. Elles dénoncent une atteinte à leurs droits fondamentaux : droit à l’eau, à l’alimentation, à un environnement sain, mais aussi droit à l’information et à la participation aux décisions qui les concernent.

Face à cette situation, plusieurs revendications émergent avec force :

  • la suspension des activités susceptibles d’aggraver la pollution ;
  • la réalisation d’un audit environnemental indépendant ;
  • la mise en place d’une évaluation transfrontalière rigoureuse ;
  • la réparation des préjudices subis par les communautés ;
  • l’application du principe pollueur-payeur ;
  • et l’implication réelle des populations locales dans les processus décisionnels.

Pour UWECI WELEKANO Moïse, président de la FECOPELA et figure des communautés riveraines, l’enjeu dépasse largement la question énergétique : « il s’agit de la survie de millions de personnes et de la protection d’un écosystème unique ».

Protéger un héritage commun

Le lac Albert incarne bien plus qu’une ressource naturelle : il est un lien vital entre des peuples, des économies et des écosystèmes. Sa dégradation représenterait une perte irréversible pour toute la région des Grands Lacs.

Alors que les activités pétrolières promettent développement et croissance, de nombreuses voix s’élèvent pour rappeler qu’aucun progrès ne peut être durable s’il se construit au détriment de la vie humaine et de l’environnement.

Protéger le lac Albert, c’est protéger l’avenir.

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