
À Bukavu, la pression foncière pousse de nombreux propriétaires à l’irréparable : construire des fosses septiques directement sous les fondations des habitations. Si la pratique gagne du terrain, les experts en génie civil et les médecins tirent la sonnette d’alarme. Entre gaz mortels, humidité toxique et risques d’effondrement, votre maison pourrait devenir votre propre piège.
Dans les quartiers surpeuplés de la ville, le manque d’espace extérieur a donné naissance à une mode dangereuse. Pour gagner quelques mètres carrés, on enterre les eaux usées sous le salon ou la cuisine. Une erreur monumentale : une fosse septique, même bétonnée, n’est jamais un environnement neutre. Elle interagit en permanence avec la structure qui la surplombe.
Les ingénieurs du Sud-Kivu identifient trois dangers majeurs qui menacent directement les occupants :
– L’humidité rongeuse : l’évaporation constante imbibe les dalles et les murs. Les conséquences sont visibles et invisibles notamment : pour le bâtiment, des murs qui s’effritent, peinture qui cloque et dégradation des armatures en fer et pour la santé, le développement de moisissures provoquant rhumatismes, allergies et dégradation des stocks alimentaires.
– Le cocktail de gaz toxiques : une fosse est une usine chimique. Le méthane et l’hydrogène sulfuré s’échappent par les microfissures. Respirer cet air vicié 24h sur 24 expose les familles, et particulièrement les enfants, à des infections pulmonaires chroniques et des maux de tête persistants.
– Le risque d’effondrement sismique : la ville de Bukavu est située sur une zone de rift actif. Les secousses sont fréquentes.
« Une fissure dans une fosse sous la maison, et c’est la catastrophe. Les eaux libérées saturent le sol, les fondations perdent leur portance et le bâtiment s’affaisse », prévient un expert local en génie civil.
La règle d’or : Les 3 mètres de sécurité
Pour les professionnels du BTP, il n’y a aucune négociation possible : une fosse septique doit être placée à au moins 3 mètres de toute construction.
Si l’espace manque, des solutions modernes existent pour protéger votre investissement et votre vie :
– Les biodigesteurs : Plus compacts, plus étanches et permettant parfois de récupérer du biogaz.
– Le raccordement collectif : Se renseigner sur les extensions du réseau de la REGIDESO.
– L’expertise certifiée : Ne jamais confier le creusage à des tâcherons sans supervision d’un ingénieur de la Direction Provinciale des Travaux Publics.
La mairie de Bukavu ne peut plus fermer les yeux. Face à l’explosion de ces constructions, une inspection massive des nouveaux chantiers est impérative. La sécurité publique en dépend.
Avant de creuser, réfléchissez : l’économie d’un petit espace vaut-elle la vie de votre famille et l’effondrement de votre patrimoine ?Patrick Mapenzi
