Harare, Zimbabwe : Les femmes exigent justice et inclusion face au boom des minerais critiques en Afrique

0 0
Read Time:3 Minute, 9 Second

Par Denise Kyalwahi

Alors que la demande mondiale en minerais critiques explose pour soutenir la transition énergétique, des voix féministes s’élèvent à travers l’Afrique pour dénoncer les inégalités persistantes et réclamer une transformation profonde des industries extractives. Dans un couriel électronique envoyé à NATURELCD par SHINE Collab un réseau féministe pour la justice énergétique qui œuvre à la promotion de solutions d’énergies renouvelables menées par des femmes africaines des grandes préoccupations ont été soulignées, tel que : la place des femmes, souvent marginalisées, dans un secteur pourtant central pour l’avenir énergétique mondial.

Dans de nombreuses régions riches en ressources naturelles, les communautés locales, et en particulier les femmes, font face à des menaces croissantes : perte de terres, destruction des moyens de subsistance et atteintes au patrimoine culturel. Ce qui est présenté à l’échelle internationale comme une avancée vers une énergie « verte » est vécu localement comme une source de dépossession.

À Hanyanya, dans la région de Bikita au Zimbabwe, l’exploitation du lithium cristallise ces tensions. Gamuchirai Munesi, cheffe de village par intérim de la communauté Vatombe, décrit une situation alarmante. « L’exploitation du lithium est devenue une malédiction. Elle menace nos montagnes, nos sources d’eau et les terres qui ont nourri notre peuple pendant des générations », affirme-t-elle. Malgré cela, la communauté reste déterminée à défendre ses droits et à faire entendre ses revendications par les voies légales.

Ces témoignages ont été recueillis lors d’un « cercle de parole » organisé récemment par SHINE Collab et ses partenaires. Ce type de rencontre, basé sur l’écoute et le partage d’expériences, permet à des femmes issues de communautés locales, à des écoféministes et à des militantes pour la justice climatique d’échanger et de faire émerger des solutions ancrées dans la réalité du terrain.

Pour la Dr Mela Chiponda, directrice exécutive de SHINE Collab, ces initiatives sont essentielles. Selon elle, la transition énergétique actuelle reproduit des schémas historiques d’extraction hérités de l’époque coloniale. « On ne peut pas construire un avenir propre sur des logiques qui continuent de marginaliser les femmes », souligne-t-elle. Elle insiste sur la nécessité de repenser les rapports de pouvoir et de garantir une participation réelle des femmes, notamment à la base.

Les conséquences de l’exploitation minière sont multiples : insécurité foncière, augmentation du travail domestique non rémunéré, exposition accrue aux violences basées sur le genre. Dans plusieurs pays, dont la République démocratique du Congo, les activités minières sont également associées à la pollution, au déplacement de populations, au travail des enfants et aux violences sexuelles.

Un récent rapport des Nations unies met en garde contre les impacts environnementaux et sanitaires liés à l’extraction de minerais essentiels comme le lithium et le cobalt. Il appelle à une transition énergétique qui ne déplace pas les injustices des pays riches vers les régions plus vulnérables.

Face à ces constats, les organisations de la société civile et les réseaux écoféministes plaident pour des réformes concrètes : budgets sensibles au genre, modèles de propriété communautaire, protection des droits fonciers et soutien aux entreprises dirigées par des femmes.

La pression monte également sur les gouvernements, les institutions financières internationales et les acteurs privés pour qu’ils adoptent des approches plus inclusives et transparentes dans leurs stratégies énergétiques.

À mesure que les grandes puissances mondiales intensifient leur compétition pour accéder aux ressources africaines indispensables aux technologies vertes, la question de la justice devient incontournable. Pour de nombreuses militantes, la transition énergétique ne peut être véritablement durable que si elle est aussi féministe.

« Une transition juste ne peut reléguer les femmes africaines au second plan », conclut la Dr Chiponda. « Elles doivent être au centre, en tant qu’actrices du changement, et non simplement en subir les conséquences. »

Lisez le communiqué en cliquant sur ce lien.

Happy
Happy
0 %
Sad
Sad
0 %
Excited
Excited
0 %
Sleepy
Sleepy
0 %
Angry
Angry
0 %
Surprise
Surprise
0 %

Average Rating

5 Star
0%
4 Star
0%
3 Star
0%
2 Star
0%
1 Star
0%

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *