Riposte à Ebola : la justice kényane bloque un projet d’accueil controversé avec les États-Unis

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Par Patrick Mapenzi 

La Haute Cour de Nairobi vient de suspendre provisoirement un accord bilatéral visant à installer des centres d’isolement au Kenya pour les personnes exposées au virus. Une décision qui intervient en pleine mobilisation de Washington pour freiner l’épidémie d’Ebola Bundibugyo qui frappe la RDC et l’Ouganda.

L’affaire fait grand bruit dans la région et bouscule la diplomatie sanitaire américaine. Saisie par l’organisation Katiba Institute, la Haute Cour de Nairobi a prononcé une ordonnance d’urgence interdisant aux autorités kényanes de faciliter ou d’établir toute infrastructure de quarantaine, d’isolement ou de traitement liée à un arrangement avec les États-Unis. La décision suspend également, jusqu’à nouvel ordre, l’entrée sur le territoire kényan de toute personne concernée par ce dispositif.

Ce coup de frein juridique intervient alors que l’Afrique de l’Est est en état d’alerte face à l’épidémie d’Ebola, souche Bundibugyo qui sévit actuellement chez ses voisins, la République Démocratique du Congo (RDC) et l’Ouganda.

L’activisme de Washington dans ce dossier s’est accéléré ces derniers jours. Le 28 mai, le secrétaire d’État américain, Marco Rubio, s’est entretenu de vive voix avec le président kényan, William Ruto, pour coordonner la riposte régionale face à la menace épidémique.

Pour convaincre son partenaire, l’administration américaine n’est pas venue les mains vides. Elle a annoncé une enveloppe de 13,5 millions de dollars spécifiquement dédiée au renforcement de la préparation du Kenya face à Ebola. Ce montant s’ajoute aux 112 millions de dollars d’assistance bilatérale déjà mobilisés par les États-Unis pour la réponse globale dans la région des Grands Lacs.

Si le soutien financier est massif, les motivations affichées par Washington ont rapidement alimenté le débat public et soulevé des questions de souveraineté. Dans un communiqué officiel, l’administration américaine a clarifié sa feuille de route sans détour, affirmant que sa priorité absolue est de :

« Protéger la santé et la sécurité du peuple américain en empêchant l’épidémie d’Ebola d’atteindre nos côtes. »

Pour les détracteurs du projet au Kenya, cette formulation a résonné comme une tentative d’externaliser le risque sanitaire en utilisant le sol kényan comme une zone tampon pour protéger le territoire américain. Une approche qui explique la levée de boucliers judiciaire initiée par la société civile.

Le gouvernement kényan se retrouve désormais dans une position délicate, coincé entre ses engagements diplomatiques avec un allié stratégique majeur et le respect des injonctions de sa propre justice.

Le sursis est cependant de courte durée pour les deux administrations. La Haute Cour de Nairobi a fixé la prochaine audience au 2 juin. C’est à cette date que les cartes seront rebattues, déterminant si le Kenya fermera définitivement la porte à cet accord ou si les États-Unis parviendront à maintenir leur stratégie de bouclier sanitaire à distance.

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