Guerre, climat et pollution : À Butembo, un psychologue alerte sur les blessures invisibles de la dégradation de l’environnement

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À l’occasion de la Journée mondiale de l’environnement célébrée le 5 juin sous le thème mondial « L’action climatique » et le slogan « Maintenant pour le climat », le psychologue clinicien et chercheur Patrice Muyisa Kokota attire l’attention sur une dimension souvent négligée de la crise environnementale : ses conséquences sur la santé mentale.

Alors que les débats publics se concentrent généralement sur les inondations, les sécheresses, les conflits armés ou encore la pollution, ce spécialiste estime qu’une autre urgence se développe silencieusement au sein des communautés : la souffrance psychologique liée à la dégradation de l’environnement.

Une détresse invisible derrière les catastrophes

Lorsqu’une inondation détruit des habitations, lorsqu’un séisme frappe une région ou lorsqu’une sécheresse compromet les récoltes, l’attention se porte naturellement sur les pertes matérielles et économiques. Pourtant, derrière ces dégâts visibles se cachent des blessures psychologiques profondes.

Pour Patrice Muyisa Kokota, il devient aujourd’hui impossible de dissocier la santé de l’environnement de celle des populations.

« Nous observons souvent les maisons détruites, les champs abandonnés ou les rivières asséchées. Mais nous parlons beaucoup moins des traumatismes, de l’anxiété et du sentiment d’impuissance qui s’installent chez les personnes confrontées à ces réalités », explique-t-il.

Selon lui, les recherches menées dans le domaine de la psychologie environnementale démontrent que les crises écologiques affectent directement l’équilibre émotionnel et psychique des individus.

Guerre et insécurité : des blessures qui dépassent les pertes humaines

Dans l’Est de la République démocratique du Congo, les conflits armés continuent de bouleverser les communautés. Au-delà des victimes humaines, la guerre détruit également les écosystèmes, les terres agricoles et les moyens de subsistance.

La présence de groupes armés dans les forêts, les déplacements forcés des populations et l’abandon des champs privent les habitants de leurs repères traditionnels et de leur lien avec leur environnement.

Pour le psychologue, cette rupture provoque un profond sentiment d’insécurité et d’instabilité psychologique.

« Lorsque les populations sont contraintes de quitter leur terre ou perdent les ressources qui assuraient leur survie, elles perdent également une partie de leur identité », souligne-t-il.

Changement climatique et pollution : des menaces pour l’équilibre psychique

Les dérèglements climatiques constituent également une source croissante d’angoisse. Les saisons agricoles deviennent imprévisibles, les sécheresses alternent avec les inondations et de nombreuses familles vivent dans l’incertitude permanente quant à leur avenir.

À cela s’ajoute la pollution liée notamment à l’exploitation anarchique des ressources naturelles, à la mauvaise gestion des déchets et à la contamination de l’air et de l’eau.

Pour Patrice Muyisa Kokota, ces facteurs environnementaux affectent non seulement la santé physique, mais aussi le bien-être psychologique des populations.

« Respirer un air pollué ou vivre dans un environnement dégradé génère du stress, favorise l’irritabilité et peut même avoir des répercussions sur le développement cognitif des enfants », explique-t-il.

La « solastalgie », un mal encore méconnu

Parmi les conséquences psychologiques identifiées par les chercheurs figure la solastalgie, un concept encore peu connu en Afrique mais de plus en plus étudié dans le monde.

Ce terme désigne la détresse ressentie lorsqu’une personne voit son environnement se dégrader sans avoir quitté son lieu de vie.

« C’est une forme de mal du pays vécue sur place. Voir sa forêt disparaître, son champ devenir improductif ou sa rivière se polluer provoque un véritable deuil émotionnel », précise le spécialiste.

Selon lui, ce phénomène peut entraîner anxiété, tristesse chronique, perte d’espoir et parfois même dépression.

Inondation à kalehe Sud-Kivu

Retrouver un équilibre malgré les crises

Face à ces multiples pressions, Patrice Muyisa Kokota invite les populations à reconnaître leurs émotions plutôt qu’à les ignorer.

Pour lui, la première étape vers la guérison consiste à accepter que la peur, la colère ou la tristesse face à la destruction de l’environnement sont des réactions légitimes.

Il recommande également des pratiques simples permettant de réduire le stress quotidien, notamment les exercices de respiration, les moments de calme, les échanges communautaires et la recherche d’espaces favorables au repos psychologique.

« Mettre des mots sur sa souffrance est déjà une forme de résilience », affirme-t-il.

Soigner la nature pour protéger la santé mentale

Au-delà de la prise en charge individuelle, le psychologue insiste sur l’importance des actions collectives en faveur de l’environnement.

Selon lui, l’assainissement des quartiers, la protection des sources d’eau, le reboisement et la gestion responsable des déchets ne constituent pas uniquement des mesures écologiques ; ils participent également à la reconstruction du bien-être psychologique des communautés.

« On ne peut pas espérer une guérison durable si l’on retourne chaque jour dans un environnement dégradé », estime-t-il.

Il encourage particulièrement les jeunes et les femmes à s’impliquer dans les initiatives locales de protection de l’environnement, convaincu que ces actions renforcent la cohésion sociale tout en redonnant aux populations un sentiment de contrôle sur leur avenir.

Un enjeu de santé publique

Pour Patrice Muyisa Kokota, la protection de l’environnement doit désormais être considérée comme une question de santé publique à part entière.

« La nature est notre premier espace de vie, notre premier repère et, dans une certaine mesure, notre premier soignant. Restaurer l’environnement, ce n’est pas seulement protéger les arbres ou les rivières. C’est aussi préserver notre équilibre mental et celui des générations futures », conclut-il.

À l’heure où les effets du changement climatique, des conflits armés et de la pollution se font de plus en plus sentir dans l’Est de la RDC, cette réflexion rappelle que la crise environnementale ne menace pas uniquement les écosystèmes : elle affecte également le bien-être psychologique des populations qui en dépendent.

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