
Par Denise KYALWAHI
Dans un contexte marqué par les tensions sécuritaires persistantes dans la région des Grands Lacs, une nouvelle initiative portée par les jeunes mise sur la protection de l’environnement comme vecteur de paix. Baptisé « Green Garden for Peace », ce projet transfrontalier réunit des jeunes de la République démocratique du Congo et du Burundi autour d’un objectif commun : promouvoir la conservation des écosystèmes partagés tout en renforçant la cohésion entre les communautés.
Dans un entretien accordé à NATURELCD, Seth Tsongo, responsable de l’organisation environnementale Shujaa-Initiative et initiateur du projet, a expliqué que plus de quarante jeunes ont participé aux échanges. En raison du contexte sanitaire et sécuritaire qui affecte actuellement l’Est de la RDC, certaines activités se sont déroulées en ligne tandis que d’autres ont été organisées en présentiel.

Selon lui, cette initiative vise à amener les jeunes à dépasser les divisions alimentées par les conflits et les rivalités entre pays voisins afin de réfléchir ensemble à la construction d’un avenir pacifique et durable.
« Nous voulons encourager les jeunes à penser au-delà de la guerre et de tout ce qui divise les populations de la région. L’objectif est de réfléchir collectivement à la manière de bâtir un environnement de paix durable tout en protégeant les écosystèmes que nous partageons, notamment les lacs Kivu et Tanganyika », a déclaré Seth Tsongo.
Le projet est né d’un constat préoccupant : malgré les conflits récurrents qui affectent la région des Grands Lacs, les populations de la RDC, du Rwanda et du Burundi demeurent étroitement liées par une histoire commune, des échanges humains permanents ainsi que par des ressources naturelles transfrontalières essentielles à leur survie.
Les trois pays partagent en effet des écosystèmes forestiers et lacustres d’une importance capitale pour l’équilibre écologique, l’économie locale et le bien-être des communautés. Pourtant, ces ressources sont aujourd’hui menacées par la pression démographique, l’exploitation non durable, les effets du changement climatique et les conséquences des conflits armés.
Face à cette réalité, Shujaa-Initiative propose de faire de la conservation environnementale un instrument de rapprochement entre les peuples. L’organisation estime que la gestion commune des ressources naturelles peut contribuer à restaurer la confiance entre les communautés et favoriser une coopération régionale durable.
« Pour reconstruire la paix et mettre fin aux hostilités dans la région des Grands Lacs, nous proposons la protection commune de l’environnement comme alternative. En travaillant ensemble à la préservation de nos ressources naturelles, nous pouvons également bâtir des communautés plus résilientes et plus pacifiques », souligne l’activiste.
Au-delà des activités liées à la conservation, le projet mise également sur les arts et la culture comme outils de dialogue et de sensibilisation. Le théâtre-forum participatif, le slam, la musique engagée, la danse et la poésie figurent parmi les approches retenues pour favoriser les échanges entre les jeunes et promouvoir les valeurs de coexistence pacifique.
À travers ces expressions culturelles, les participants sont invités à réfléchir aux liens étroits entre environnement, paix et développement durable. Ces espaces permettent également de déconstruire les préjugés, de lutter contre les discours de haine et de renforcer le sentiment d’appartenance à une communauté régionale partageant un destin commun.

Pour les promoteurs de « Green Garden for Peace », la nature représente bien plus qu’un simple enjeu écologique. Elle constitue un espace de rencontre, de solidarité et de réconciliation. En protégeant ensemble les forêts, les lacs et les écosystèmes qui les unissent, les peuples de la région des Grands Lacs peuvent poser les bases d’une paix durable et offrir aux générations présentes et futures un avenir fondé sur la coopération plutôt que sur la division.
Dans une région où les conflits continuent de fragiliser les relations entre les populations, cette initiative démontre que la protection de l’environnement peut devenir un puissant levier de dialogue, de rapprochement et de transformation sociale.
