
Par Patrick Mapenzi
Le quartier Cahi, situé dans la commune de Bagira à Bukavu, traverse un drame humain et sanitaire sans précédent. Plus de 175 000 habitants dénoncent un abandon total de la REGIDESO Sud-Kivu : sans eau au robinet depuis 2021, la population subit de plein fouet des vagues d’enlèvements d’enfants, de viols, de noyades et d’épidémies de choléra, tout en recevant des factures pour de l’eau qu’elle n’a jamais consommée.
Pourtant, un vent de soulagement avait soufflé sur la communauté grâce au Projet IMMAGINE, financé et exécuté par l’organisation internationale Mercy Corps. Pour soulager la pénurie sévère d’eau potable, sept bornes fontaines avaient été construites et raccordées à la source de Mazigiro. Les habitants s’étaient empressés de souscrire leurs abonnements dès 2021, espérant voir leurs souffrances quotidiennes prendre fin.
Mais la désillusion fut brutale. Depuis 2021, pas une seule goutte d’eau n’a coulé de ces robinets. Des installations modernes et neuves demeurent aujourd’hui désespérément sèches, abandonnées par les services techniques de la REGIDESO.

Ce que les habitants qualifient d’escroquerie et d’injustice révoltante réside dans la gestion commerciale de la société publique. Alors que des enquêteurs vêtus de gilets estampillés REGIDESO ont sillonné le quartier pour identifier les ménages, aucune réponse technique n’a été apportée pour rétablir la desserte.
Plus grave encore : la REGIDESO continue d’émettre et de distribuer des factures d’eau payantes dans le quartier. La population est ainsi sommée de payer pour une eau virtuelle qu’elle n’a jamais reçue.
« Chose étonnante, il y avait des factures qui provenaient de la REGIDESO, nous demandant de payer de l’eau que nous n’avons jamais consommée… », déplorent les signataires dans leur lettre de dénonciation adressée à la Direction Provinciale.
Derrière cette panne d’approvisionnement se cache une crise sociale et sanitaire majeure qui touche de plein fouet les couches les plus vulnérables :
– Pour dégoter quelques litres d’eau, les enfants et les femmes doivent parcourir de longues distances vers des points d’eau non sécurisés. Cette quête quotidienne les expose directement aux enlèvements, aux agressions sexuelles (viols) et aux risques de noyade.
– Privées d’eau courante, les structures sanitaires du quartier (centres de santé, dispensaires et maternités) n’arrivent plus à maintenir les conditions d’hygiène de base et risquent de fermer leurs portes.
– Le manque d’eau propre provoque une hausse inquiétante des cas de choléra et de maladies des mains sales dans l’ensemble de la commune.
Pour les habitants de Cahi, l’injustice est d’autant plus vive que les tuyaux d’eau censés desservir leur quartier traversent l’axe Essence-Maria Kachelewa pour aller alimenter les quartiers voisins de Ndendere, laissant plus de 175 000 résidents de Cahi dans l’oubli total.

Face à ce qu’ils qualifient de « non-assistance à population en danger », la Société Civile Forces Vives du Sud-Kivu, Sous-noyau du Quartier Cahi, sous la direction de son Président Shukuru Lwekya, a saisi officiellement les autorités ce mois de juillet 2026.
Une lettre de dénonciation formelle, enregistrée avec accusé de réception à la Direction de la REGIDESO, au Gouvernorat du Sud-Kivu, à la Mairie de Bukavu et à la commune de Bagira, a été cosignée par 43 responsables : directeurs d’écoles, pasteurs, médecins responsables de dispensaires et représentants des commerçants du marché de Cahi.
Leurs exigences sont claires et précises :
1. L’envoi immédiat d’une équipe d’inspection technique de la REGIDESO pour auditer le réseau et déboucher l’approvisionnement depuis la source de Mazigiro.
2. L’annulation pure et simple des factures d’eau indues.
3. Le rétablissement effectif du droit à l’eau potable pour l’ensemble des 175 000 habitants, rappelant avec force que « l’eau, c’est la vie ».
La balle est désormais dans le camp du Gouverneur de province et de la Direction provinciale de la REGIDESO pour éteindre ce foyer de tension sociale et éviter une catastrophe humanitaire à Bukavu.
