Beni : l’ICCN se défend après les accusations des pêcheurs de Kasindi Port

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Par Premiss Batita

Des pêcheurs de Kasindi Port, dans le territoire de Beni, au Nord-Kivu, dénoncent des arrestations qu’ils considèrent comme arbitraires et accusent l’Institut congolais pour la conservation de la nature (ICCN) de leur imposer des plaques d’identification portant ses insignes pour leurs embarcations.

Ces accusations interviennent dans un contexte de tensions récurrentes autour de l’exploitation des ressources halieutiques du lac Édouard. En réponse, l’ICCN affirme agir dans le cadre de ses missions de conservation du parc national des Virunga et de régulation des activités autorisées sur le lac.

Selon Méthode Uhoze, directeur des relations extérieures du parc national des Virunga, l’identification des embarcations ne constitue pas une mesure de tracasserie. Elle permet, explique-t-il, de distinguer les pirogues autorisées de celles utilisées pour des activités de pêche en violation de la réglementation.

« L’ICCN n’a aucun intérêt à procéder à des arrestations arbitraires ni à empêcher les communautés de vivre de leurs activités légales », soutient-il.

Il estime que ce dispositif contribue également à renforcer la sécurité sur le lac et à mieux organiser les activités des pêcheurs.

Kasindi Port ne figure pas parmi les pêcheries reconnues

L’ICCN apporte par ailleurs une précision sur le statut de Kasindi Port. Méthode Uhoze affirme que cette localité ne fait pas partie des pêcheries officiellement reconnues sur le lac Édouard.

D’après lui, cinq pêcheries sont actuellement considérées comme légales : Nyakakoma, Vitshumbi, Kyavinyonge, Kisaka et Lunyasenge.

Les personnes qui exercent la pêche ou résident à Kasindi Port devraient donc, selon cette organisation, se rattacher à l’une de ces pêcheries reconnues, plutôt que de considérer Kasindi Port comme une pêcherie officiellement établie.

Des règles pour protéger les ressources du lac

Pour le responsable des relations extérieures du parc des Virunga, les tensions entre les pêcheurs et les services de conservation résultent principalement de l’application des règles qui encadrent la pêche sur le lac Édouard.

Il rappelle que le lac se trouve entièrement à l’intérieur du parc national des Virunga, ce qui soumet son exploitation à une réglementation spécifique. Certaines parties sont accessibles à la pêche, tandis que d’autres sont interdites, notamment pour protéger les zones de reproduction et de maternité des poissons.

« La pêche dans cette zone ne peut pas être exercée sans règle », insiste-t-il.

Les personnes qui ne respectent pas ces dispositions peuvent faire l’objet de sanctions prévues par la législation en vigueur, précise-t-il.

Méthode Uhoze justifie ainsi les patrouilles et les interpellations de personnes soupçonnées de pratiquer la pêche illégale. Selon lui, ces opérations ne cherchent pas à priver les populations de leurs moyens de subsistance, mais à préserver les ressources halieutiques dont dépendent justement les communautés riveraines.

Une exploitation incontrôlée du lac, avertit-il, pourrait entraîner une baisse des stocks de poissons et, à terme, réduire les revenus des familles qui vivent de cette activité.

L’ICCN assume sa collaboration avec les services de sécurité

Les pêcheurs de Kasindi Port accusent également l’ICCN de travailler avec les services de sécurité, notamment les Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC), pour les tracasser. Ils affirment que certains pêcheurs interpellés sont ensuite conduits à Nyakakoma.

En réponse, Méthode Uhoze reconnaît l’existence d’une collaboration entre les services de conservation et d’autres institutions publiques, tout en rejetant l’interprétation selon laquelle celle-ci viserait à harceler les pêcheurs.

Il rappelle que l’ICCN, en tant qu’établissement public chargé notamment de la gestion des aires protégées, peut travailler avec plusieurs services de l’État dans l’accomplissement de ses missions.

Cette coopération peut notamment impliquer les FARDC, la force navale ou encore la police, explique-t-il. Elle répond, selon lui, à des nécessités opérationnelles liées à la surveillance du lac et à la lutte contre les activités illégales.

L’ICCN maintient ainsi que les mesures prises sur le lac Édouard visent principalement à faire respecter la réglementation et à assurer la conservation des ressources naturelles, tandis que les pêcheurs de Kasindi Port continuent de dénoncer ce qu’ils considèrent comme des pratiques abusives dans l’exercice de leurs activités.

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