
Par Emmanuel Kasereka Bin Vikingi
Dans la forêt sacrée de Kpékonzoun, au Bénin, la conservation de la biodiversité s’appuie de plus en plus sur les communautés locales. D’anciens chasseurs, autrefois dépendants de la chasse pour leur subsistance, se tournent désormais vers l’élevage d’escargots et d’animaux domestiques. Une reconversion qui vise à réduire la pression exercée sur la faune sauvage tout en offrant de nouvelles sources de revenus aux populations.
À Kpékonzoun, la préservation de la forêt ne se limite donc plus à la surveillance des espaces naturels. Elle passe également par l’amélioration des conditions de vie des communautés qui vivent autour de cet écosystème.
Selon les données du programme, plus de 320 personnes ont été accompagnées dans des activités économiques alternatives, tandis qu’environ 80 hectares de terres ont été reboisés. Plus de 14 000 personnes ont également été sensibilisées aux enjeux liés à la protection de la biodiversité.
Parmi les bénéficiaires figurent des anciens chasseurs qui ont choisi d’abandonner progressivement cette activité au profit de l’élevage. L’objectif est double : leur permettre de disposer de moyens de subsistance durables et contribuer à la diminution de la pression sur les espèces sauvages.
La faune commence à retrouver ses espaces

Les premiers résultats écologiques sont jugés encourageants. Les opérations de restauration ont favorisé la régénération de certaines zones dégradées, tandis que les observations réalisées sur le terrain indiquent une présence plus visible de la faune.
La participation des communautés constitue également un élément important du dispositif. Les populations locales sont désormais davantage impliquées dans la surveillance et le signalement des incidents observés dans la forêt.
« Les données scientifiques seules ne suffisent pas. Quand les communautés s’approprient le suivi, la conservation devient durable », explique Mariano Houngbédji, cité par Mongabay.
Les données de suivi recueillies en 2025 donnent un aperçu de cette dynamique. À Kpékonzoun, 50 sorties de terrain ont permis d’observer des groupes de singes mone (Cercopithecus mona) comptant jusqu’à 28 individus, avec une moyenne de 4,22 ± 3,96 individus par sortie.

Dans la forêt de Soligbozoun, 39 observations ont enregistré une moyenne de six individus, avec un maximum de 21.
Les chercheurs ont également confirmé la présence du singe à ventre roux (Cercopithecus erythrogaster erythrogaster), une espèce endémique et menacée, dans la forêt de Kpékonzoun.
Les primates, indicateurs de la santé de la forêt
Pour les acteurs du programme, les primates jouent un rôle important dans l’évaluation de l’état des écosystèmes.
« Nous utilisons les primates comme espèces parapluie », explique Dakpogan Houngbédji.
La protection du singe à ventre roux permet ainsi de préserver bien davantage qu’une seule espèce. Elle contribue à maintenir les habitats, les ressources naturelles et les équilibres écologiques dont dépendent également les communautés riveraines.
Cette approche cherche donc à faire évoluer le rôle des populations locales : de simples bénéficiaires des programmes de conservation, elles deviennent progressivement des partenaires de la protection de la biodiversité.
Des défis encore importants
Malgré ces avancées, plusieurs défis persistent. Le financement du suivi écologique sur le long terme reste une préoccupation, tout comme l’expansion des activités agricoles et les effets du changement climatique.
La réussite de cette initiative dépend également d’une meilleure collaboration entre les communautés, les organisations de conservation et les autorités locales et nationales.
L’expérience de Kpékonzoun montre néanmoins qu’une politique de conservation peut produire davantage de résultats lorsqu’elle prend en compte les réalités économiques des populations. Réduire la chasse ne peut être durable si aucune alternative viable n’est proposée aux personnes qui en dépendent.
Du fusil à l’élevage
L’expérience menée dans cette forêt sacrée pourrait inspirer d’autres initiatives en Afrique, notamment dans les forêts communautaires et les espaces naturels soumis à une forte pression humaine.

À Kpékonzoun, le passage du fusil à l’élevage illustre une approche où la conservation de la nature et le développement local ne sont plus considérés comme deux objectifs opposés.
L’enjeu est désormais de consolider ces acquis afin que les communautés puissent améliorer leurs revenus tout en devenant les premières protectrices de leur patrimoine naturel.
NaturelCD.net s’est notamment appuyé sur les informations publiées par Mongabay pour rendre compte de cette initiative au Bénin. L’expérience menée à Kpékonzoun montre qu’une conservation durable de la biodiversité passe aussi par la mise en place d’alternatives économiques permettant aux communautés locales de réduire leur dépendance à l’exploitation de la faune et des ressources naturelles.
Car sauver une forêt ne signifie pas seulement protéger les arbres et les animaux. Cela suppose aussi de permettre à ceux qui vivent à ses côtés de mieux vivre sans avoir à la détruire.
