
Par Denise Kyalwahi
La République démocratique du Congo franchit une nouvelle étape dans la structuration de son marché du carbone. Le Conseil des ministres a adopté, vendredi 28 août 2026, le projet d’ordonnance-loi portant organisation et réglementation du marché du carbone en RDC.
Présenté par la ministre de l’Environnement, du Développement durable et de la Nouvelle Économie du climat, Marie Nyange Ndambo, le texte vise à établir des règles plus claires pour encadrer les activités liées au carbone sur le territoire congolais.
Selon le compte rendu du Conseil des ministres, le projet prend notamment en compte les mécanismes de régulation et de supervision reconnus au niveau international, en particulier ceux qui concernent le marché volontaire du carbone.
Un registre national pour renforcer la traçabilité
Le projet prévoit également la mise en place d’un cadre institutionnel destiné à organiser le fonctionnement du marché national du carbone.
Parmi les principales innovations annoncées figure la création d’un registre national du carbone. Celui-ci devrait constituer un système souverain et sécurisé permettant d’enregistrer les résultats d’atténuation obtenus grâce aux différents projets et, le cas échéant, leur transfert au niveau international.
Pour la RDC, l’enjeu est notamment de mieux suivre les réductions d’émissions réalisées dans le pays et d’éviter que les projets carbone échappent aux mécanismes nationaux de contrôle.

Un potentiel environnemental à mieux valoriser
Cette réforme intervient dans un contexte où la RDC entend davantage mobiliser son important potentiel forestier et environnemental pour attirer des financements destinés à la lutte contre le changement climatique.
Le pays abrite une part importante du bassin du Congo et dispose d’importantes ressources naturelles susceptibles de contribuer aux mécanismes de financement climatique. Mais la multiplication des projets carbone soulève également des questions liées à la transparence, à la traçabilité des crédits, au respect des droits des communautés et au partage des bénéfices.
Le futur cadre juridique devrait ainsi contribuer à clarifier les conditions de reconnaissance des réductions d’émissions réalisées en RDC, tout en renforçant la supervision des projets et la traçabilité des crédits carbone.
Vers une souveraineté renforcée ?
L’adoption du projet d’ordonnance-loi traduit également la volonté des autorités de renforcer le contrôle national sur les données et les résultats issus des initiatives de réduction des émissions.
Le texte figure parmi les projets relevant du secteur environnemental soumis au Conseil des ministres. D’après le compte rendu, les différents textes présentés par la ministre de l’Environnement ont été adoptés après débats et délibérations, certains ayant fait l’objet d’amendements.
Cette adoption constitue toutefois une étape parmi d’autres. Le futur dispositif devra encore préciser les règles applicables aux différents acteurs du marché et déterminer les mécanismes permettant de garantir l’intégrité environnementale des projets, la transparence des transactions et la prise en compte des intérêts des communautés locales et autochtones.
Pour la RDC, qui cherche à transformer son potentiel naturel en opportunités de financement climatique, l’enjeu sera désormais de faire du marché du carbone un outil de protection des écosystèmes et de développement durable, plutôt qu’un simple mécanisme de valorisation financière des ressources naturelles.
