
Par Jérémie Jérémie Kaseke
Le lac Albert est-il en train de franchir un point de non-retour ? Pour l’ingénieur et expert en limnologie Patient Alema, les multiples pressions exercées sur cet écosystème menacent sérieusement sa biodiversité et les moyens de subsistance des communautés riveraines.
À l’occasion de la Journée mondiale des lacs, célébrée le 27 août, des scientifiques tirent la sonnette d’alarme sur l’état du lac Albert, partagé entre la République démocratique du Congo et l’Ouganda.
Parmi les principales menaces citées figure l’utilisation de matériels de pêche prohibés. Certains filets, explique l’expert, capturent des larves et des poissons juvéniles avant qu’ils n’atteignent leur maturité. Une pratique qui risque, à terme, de perturber le renouvellement naturel des stocks de poissons.

À cette pression sur les ressources halieutiques s’ajoute l’insécurité. Patient Alema évoque notamment l’influence de groupes armés dans certaines zones ainsi que l’implication présumée de certains militaires dans les activités de pêche. Il souligne également le manque de moyens humains, logistiques et financiers pour assurer une surveillance efficace du lac.
Pour le spécialiste, les difficultés de contrôle seraient également liées à des problèmes de gouvernance et à des pratiques de corruption qui affaibliraient les mécanismes de lutte contre la pêche illégale.
« Le lac Albert était déjà considéré comme un écosystème vulnérable. Aujourd’hui, nous sommes face à un écosystème en danger », estime-t-il.
Le pétrole, une nouvelle source d’inquiétude
À ces menaces s’ajoute la perspective de l’exploitation pétrolière dans la région. Une activité qui, selon l’expert, pourrait accroître les risques de pollution et exercer une pression supplémentaire sur un écosystème déjà fragilisé.
Patient Alema appelle les autorités à renforcer la surveillance du lac et surtout à faire respecter les mesures interdisant les pratiques de pêche destructrices. Il insiste également sur la nécessité d’évaluer rigoureusement les conséquences environnementales de toute activité pétrolière avant sa mise en œuvre.

Pour lui, les revenus potentiels du pétrole ne devraient pas faire oublier la valeur économique et sociale des ressources naturelles dont dépendent directement les populations riveraines.
Le poisson constitue en effet une importante source de nourriture et de revenus pour de nombreuses communautés installées autour du lac Albert. La dégradation de l’écosystème pourrait donc avoir des conséquences bien au-delà de la biodiversité, en touchant directement la sécurité alimentaire et les moyens de subsistance.
Alors que le lac Albert continue de subir ces pressions, l’expert estime que son avenir demeure préoccupant. Les scientifiques, assure-t-il, continueront toutefois à documenter les menaces qui pèsent sur le lac et à plaider pour une meilleure protection de sa biodiversité.
