UNIGOM : un travail scientifique révèle les défis du journalisme environnemental à Goma en contexte de conflit

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Par Emmanuel Kasereka bin Vikingi

Les questions environnementales demeurent encore marginales dans le traitement médiatique à Goma, particulièrement dans un contexte marqué par les conflits armés. C’est l’un des principaux constats développés par Katembo Mbuto Victoire, étudiant en communication, dans son travail scientifique de fin de cycle présenté ce mercredi 23 septembre 2026 à l’Université de Goma (UNIGOM), en vue de l’obtention de son diplôme de Licence en communication. Consacrée à « La place et le traitement des informations environnementales dans les médias audiovisuels de la ville de Goma en période de conflit armé », cette étude examine notamment la manière dont les médias hiérarchisent les enjeux environnementaux face aux urgences sécuritaires, humanitaires, politiques et socio-économiques.

Dans son analyse, le chercheur relève que l’information environnementale existe dans les médias audiovisuels de Goma, mais demeure généralement secondaire et apparaît surtout à l’occasion d’événements particuliers, notamment les catastrophes naturelles, les activités des organisations, les communications institutionnelles ou certaines initiatives communautaires. Cette situation contraste avec l’importance croissante des enjeux liés à la dégradation des écosystèmes, à la déforestation, à la perte de biodiversité, à l’exploitation irrationnelle des ressources naturelles et aux effets du changement climatique. Dans les zones affectées par les conflits, les ressources naturelles peuvent également devenir des enjeux stratégiques, tandis que leur exploitation anarchique accentue les pressions exercées sur l’environnement.

Pour parvenir à ces conclusions, Katembo Mbuto Victoire a privilégié une approche qualitative fondée sur l’ethnographie de la communication. La recherche s’est appuyée sur des entretiens menés auprès de professionnels des médias, dont huit journalistes et quatre rédacteurs en chef. L’étude s’est particulièrement intéressée à leurs pratiques professionnelles, à leurs contraintes, à leur niveau de spécialisation ainsi qu’aux mécanismes de hiérarchisation de l’information environnementale. Les résultats montrent que le contexte sécuritaire ne fait pas totalement disparaître cette actualité, mais contribue à la reléguer derrière les informations relatives à la sécurité, aux crises humanitaires et à la politique.

Plusieurs contraintes expliquent cette situation, notamment l’accès difficile à certains terrains, les risques encourus par les journalistes, la réticence de certaines sources, l’insuffisance des moyens matériels et financiers ainsi que le manque de formation spécialisée. Face à ces difficultés, le travail scientifique souligne l’importance d’élargir les pratiques journalistiques au-delà du simple traitement événementiel. Lorsque l’accès au terrain devient impossible ou dangereux, les professionnels peuvent notamment recourir aux sources documentaires et aux outils numériques, notamment aux images satellitaires et aux plateformes de suivi environnemental telles que Global Forest Watch, afin de recueillir, croiser et vérifier les données. Ces outils peuvent contribuer à documenter l’évolution d’un territoire, la déforestation, les transformations des espaces agricoles ou encore certaines conséquences environnementales des conflits, dans le respect des exigences de vérification journalistique.

L’étude insiste également sur la nécessité de développer un journalisme environnemental fondé sur les preuves, l’enquête et les solutions. Pour le chercheur, les médias ne devraient pas attendre une catastrophe, un incendie, une inondation ou une campagne de plantation d’arbres pour s’intéresser aux questions environnementales. Ils peuvent également mettre en lumière les initiatives locales portées par les jeunes et les communautés de Goma, ainsi que les stratégies d’adaptation développées face aux aléas climatiques. Une telle approche permettrait de dépasser un traitement essentiellement événementiel pour produire une information capable d’expliquer les causes, les conséquences et les réponses possibles aux problèmes environnementaux.

Dans ses recommandations, Katembo Mbuto Victoire appelle au renforcement des compétences des professionnels des médias dans plusieurs domaines complémentaires, notamment le journalisme environnemental, scientifique, d’investigation, le géojournalisme, le journalisme de données et le journalisme de solutions. Il préconise également une collaboration plus étroite entre les médias, les chercheurs, les universités, les institutions spécialisées et les communautés afin de faciliter l’accès à des données scientifiques fiables. Selon cette approche, l’environnement ne constitue pas une question isolée, puisqu’il entretient des liens étroits avec la santé, l’économie, le genre, l’agriculture et les conditions de vie des populations.

Au terme de son travail, le diplômé défend ainsi une conception du journalisme environnemental qui ne se limite pas à rapporter les catastrophes, mais qui documente les transformations des territoires, vérifie les faits, donne la parole aux scientifiques et aux communautés et rend visibles les solutions locales. Sa recherche conclut que, malgré les contraintes sécuritaires, l’information environnementale peut occuper une place plus significative dans les médias audiovisuels de Goma, à condition de renforcer la sécurité des journalistes, leur formation spécialisée, l’accès aux données scientifiques et la collaboration entre les différents acteurs. À travers ce travail scientifique, Katembo Mbuto Victoire rappelle surtout que les questions environnementales touchent directement aux conditions de vie des communautés et à leur capacité à préserver les ressources dont dépend leur avenir.

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