Novembre Bleu : Halte aux clichés homophobes sur le toucher rectal, plaide Nadège Bope

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Par Patrick Mapenzi

À l’occasion de Novembre Bleu, campagne internationale consacrée à la sensibilisation au cancer de la prostate, Nadège Bope lance un appel à la responsabilité face aux préjugés qui entourent le dépistage de cette maladie. Assistante à l’Institut national des arts (INA) de Kinshasa et préfète de cet établissement, elle dénonce particulièrement les discours homophobes utilisés pour dissuader certains hommes de recourir au toucher rectal. À travers un témoignage personnel marqué par une expérience médicale douloureuse, elle invite à dépasser les tabous afin de faire prévaloir la santé et la préservation de la vie.

Son plaidoyer prend racine dans une expérience intime. La responsable évoque les séquelles psychologiques laissées par son premier accouchement, au cours duquel elle a subi trente heures de contractions intenses, accompagnées de plusieurs examens vaginaux répétés, avant qu’une césarienne ne soit finalement pratiquée. « Le toucher vaginal est l’une des choses qui ont traumatisé ma vie de femme et de maman. Pour dire vrai, j’abhorre cet examen médical que je trouve un peu cruel », confie-t-elle, reconnaissant que cette expérience continue de susciter chez elle une forte appréhension à l’approche des consultations gynécologiques.

Cette peur, explique-t-elle, l’a accompagnée jusque dans ses grossesses suivantes. Pour surmonter l’anxiété précédant les consultations prénatales, elle recourait parfois à la prière, à la musique ou à la méditation. Malgré cette épreuve personnelle, Nadège Bope affirme n’avoir jamais renoncé au suivi médical. Elle souligne également avoir encouragé les femmes placées sous son encadrement, ainsi que ses filleules, à consulter dès l’apparition de signes inhabituels. C’est à partir de cette expérience qu’elle établit un parallèle avec les réticences de certains hommes face aux examens urologiques.

La responsable déplore notamment l’association du toucher rectal à des clichés homophobes et à des représentations dégradantes de la masculinité. Selon elle, ces discours contribuent à installer la honte et la peur autour d’un examen médical qui peut participer à l’évaluation de la prostate. « Je comprends qu’il y ait des hommes qui éprouvent une réticence quant à cet examen, mais de là à l’associer à une pratique d’homosexualité et à pousser les autres à ne pas le faire sous prétexte qu’ils se feront défoncer, je trouve ce comportement irresponsable face à une cause vitale », déclare-t-elle. Elle appelle ainsi à dissocier les actes médicaux de tout jugement sur l’orientation sexuelle ou la virilité des personnes concernées.

L’enjeu dépasse les considérations culturelles et les résistances individuelles. Les données sanitaires mondiales citées dans son plaidoyer font état d’environ 1,5 million de nouveaux cas de cancer de la prostate recensés en 2024 et de 396 792 décès enregistrés en 2022. Cette maladie figure parmi les cancers les plus fréquents chez les hommes à l’échelle mondiale. Ces chiffres rappellent l’importance de l’information, de la consultation médicale et de l’évaluation des risques, notamment avec l’avancée en âge. Le choix des examens de dépistage ou de diagnostic doit toutefois être discuté avec un professionnel de santé, en fonction de la situation de chaque patient.

À travers ce rapprochement entre les appréhensions féminines face aux examens gynécologiques et les réticences masculines devant les consultations urologiques, Nadège Bope défend une même exigence : ne pas laisser la peur, la honte ou les préjugés prendre le dessus sur la santé. Son message s’adresse particulièrement aux hommes qui repoussent les consultations par crainte du regard de leur entourage. Elle les encourage à rechercher des informations médicales fiables et à échanger avec les professionnels de santé plutôt qu’à se laisser guider par des stéréotypes.

« Ces chiffres appellent aussi bien les hommes que les femmes à être responsables et sensibles à la valeur de la vie. Le cancer de la prostate tue ! Allez vous faire dépister, chers messieurs ! Courage ! », conclut-elle. À travers cet appel lancé en pleine campagne Novembre Bleu, Nadège Bope rappelle que la prévention passe aussi par la lutte contre la stigmatisation et la diffusion d’une information sanitaire responsable. Face au cancer de la prostate, préserver sa dignité ne consiste pas à fuir les examens médicaux, mais à prendre soin de sa santé sans céder aux préjugés.

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