Par La Reine Aminata Kitambala
Les images filmées sur le terrain révèlent toutefois un patrimoine environnemental qui mérite une attention particulière. Malgré les conséquences des violences et les déplacements de populations, plusieurs collines conservent encore des espaces boisés, des sommets couverts d’arbres ainsi que des zones de jachère où la végétation naturelle a progressivement repris ses droits. Ces espaces constituent un potentiel écologique important pour la préservation des sols, la régulation des ressources hydriques et le maintien de la biodiversité. Pour Walendu-Pitsi, l’enjeu ne consiste donc pas uniquement à restaurer les terres dégradées, mais également à protéger les espaces encore préservés avant leur disparition.

Cette situation environnementale est étroitement liée à l’histoire sécuritaire de la région. Les affrontements ont contraint de nombreux habitants à abandonner leurs villages et leurs exploitations agricoles pour chercher refuge notamment à Nizi, Mungwalu, Bunia et dans d’autres localités. Ces déplacements ont progressivement interrompu les activités agricoles, fragilisé l’entretien des terres et contribué à la disparition de certaines pépinières et haies végétales. La réalité actuelle est également marquée par l’insécurité provoquée par les groupes armés, qui empêche les communautés, toutes appartenances confondues, de travailler sereinement. Dans ce contexte, le retour à l’agriculture et la protection de l’environnement restent étroitement conditionnés par le rétablissement durable de la sécurité.
Les observations issues des vidéos témoignent néanmoins de la volonté de certaines communautés de renouer avec leurs activités agricoles. Des champs de maïs cultivés sur les pentes, des jeunes plants de haricots et de petits pois ainsi que des espaces laissés en jachère illustrent les pratiques agricoles encore présentes dans cette partie de Djugu. La rotation des cultures, notamment entre le maïs, les haricots et les petits pois, constitue une approche intéressante pour préserver la fertilité des sols, tandis que les espaces végétalisés et les arbres maintenus sur les hauteurs contribuent à limiter l’érosion. Cependant, l’exposition de certaines terres aux précipitations souligne l’urgence de renforcer les dispositifs de conservation des sols, notamment par les haies antiérosives, le maintien du couvert végétal et le reboisement communautaire.
Au-delà des initiatives individuelles, plusieurs défis nécessitent une réponse concertée entre la population, les autorités publiques et les partenaires de développement. Il s’agit notamment de renforcer les pépinières locales, de promouvoir les foyers améliorés afin de réduire la pression exercée sur les ressources forestières par la production de charbon de bois, de protéger les sources d’eau et de faciliter l’accès des agriculteurs aux semences, aux outils et aux formations techniques. La réhabilitation des routes de desserte agricole figure également parmi les priorités, puisqu’elle permettrait aux producteurs d’écouler leurs récoltes vers les marchés de Nizi, Mungwalu et Bunia. Dans cette perspective, la promotion de quatre cultures stratégiques — pommes de terre, maïs, haricots et petits pois — pourrait contribuer simultanément à la sécurité alimentaire, à la génération de revenus et à la préservation de la fertilité des terres.
Face à ces enjeux, le chef de secteur Kpari Chumo Dieudonné adresse un double appel. À ses administrés, il demande de se mobiliser, de reprendre les champs, de travailler en associations et de préserver les collines qui constituent leur principal patrimoine agricole et environnemental. Au gouvernement congolais et aux partenaires humanitaires et de développement, il réclame un accompagnement concret à travers des projets agricoles, des programmes de reboisement, la création de pépinières, la distribution de semences améliorées et la réhabilitation des infrastructures rurales. Il insiste également sur la nécessité de sécuriser les espaces agricoles afin de permettre aux populations déplacées de retrouver leurs terres et de reprendre leurs activités sans craindre les violences. Pour lui, le développement de Walendu-Pitsi doit reposer sur la complémentarité entre les efforts communautaires et les investissements institutionnels.
À Walendu-Pitsi, la préservation de l’environnement dépasse ainsi la seule question écologique : elle représente un enjeu de relèvement économique, de cohésion sociale et de reconstruction durable après des années de conflits. La protection des collines, la restauration des terres agricoles et la valorisation des ressources naturelles peuvent contribuer à renforcer la résilience des communautés de Djugu, tout en participant aux efforts de lutte contre le changement climatique à l’échelle nationale et mondiale. Le message porté par Kpari Chumo Dieudonné rappelle finalement une réalité fondamentale : une communauté qui protège ses terres prépare son avenir. Mais pour transformer cette volonté locale en développement durable, l’engagement des habitants doit impérativement s’accompagner d’un soutien effectif de l’État et de ses partenaires.
