Ebola dans l’est de la RDC : un mois après, MSF tire la sonnette d’alarme face à une épidémie hors de contrôle

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Par Patrick Mapenzi

Un mois jour pour jour après l’annonce officielle d’une nouvelle épidémie de virus Ebola en République démocratique du Congo (RDC), l’inquiétude grandit. Dans un communiqué publié ce lundi, Médecins Sans Frontières (MSF) alerte sur de « dangereuses lacunes » qui freinent la riposte. Selon l’organisation humanitaire, la maladie progresse désormais plus vite que les efforts déployés pour la contenir.

Officiellement, les autorités sanitaires congolaises recensent plus de 650 cas confirmés et au moins 130 décès. Mais la réalité sur le terrain pourrait être bien plus sombre. L’épicentre se situe en Ituri, province profondément marquée par l’insécurité, qui concentre à elle seule près de 95 % des malades. Le Nord-Kivu, le Sud-Kivu ainsi que l’Ouganda voisin (19 cas) sont également touchés.

Sur place, le constat de Kate White, coordinatrice médicale d’urgence pour MSF en RDC, est sans appel :

« Personne ne connaît l’ampleur réelle de l’épidémie en RDC, ni quelles sont précisément les zones où le virus circule. Ce que nous savons, en revanche, c’est que la plupart des centres de traitement en Ituri sont débordés. »

Le profil des patients qui arrivent dans les structures de soins confirme les failles du système : la majorité d’entre eux se présentent à un stade très avancé de la maladie et n’avaient jamais été identifiés ni suivis comme « cas contacts » auparavant.

Bien que des centaines de tests mobiles spécifiquement conçus pour la souche Bundibugyo (le virus responsable de cette vague) aient été acheminés dans l’est du pays, l’accès au diagnostic reste un parcours du combattant.

– En Ituri : l’insécurité chronique bloque l’accès des équipes médicales à plusieurs zones cruciales.

– Au Nord-Kivu : un seul laboratoire est actuellement capable d’analyser les échantillons sanguins. En l’absence de circuits d’acheminement automatisés, l’attente des résultats peut s’étirer sur près d’une semaine.

Ce retard logistique empêche l’isolement rapide des malades, laissant au virus le temps de se propager au sein des communautés et des familles.

Au-delà des défis logistiques, MSF insiste sur la dimension humaine de la crise. Dans des régions secouées par des années de conflits armés et de déplacements forcés, l’arrivée soudaine d’équipes médicales extérieures suscite de la peur et de la méfiance. Pour Frédéric Lai Manantsoa, coordinateur d’urgence de MSF, la solution ne peut pas être uniquement technique. 

« Mettre en place des activités et expliquer la maladie ne suffit pas à instaurer la confiance. Il faut aussi écouter les préoccupations de la population, et l’inclure pleinement », rappelle-t-il.

De plus, l’accent mis sur Ebola ne doit pas faire oublier les autres urgences humanitaires. Pour que la population adhère à la riposte, les structures de santé doivent continuer à traiter le paludisme, le choléra, et à assurer les accouchements ou les vaccinations des enfants.

MSF appelle d’urgence le ministère de la Santé et ses partenaires internationaux à un changement d’échelle immédiat de la riposte. La priorité doit être donnée à la sécurisation des mouvements du personnel soignant, à l’accélération des diagnostics et à un véritable dialogue communautaire.

« Cette épidémie peut encore être maîtrisée, mais plus nous attendons, plus la marge de manœuvre se réduit », prévient Frédéric Lai Manantsoa. La course contre la montre est lancée.

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