Diplomatie climatique : l’Afrique doit transformer sa vulnérabilité en levier de puissance, selon Claude Mboyo 

0 0
Read Time:3 Minute, 44 Second

Par Denise Kyalwahi

L’Afrique doit faire de la diplomatie climatique un véritable instrument de puissance et de défense de ses intérêts, plutôt que de se limiter à réclamer des compensations aux pays historiquement responsables des émissions de gaz à effet de serre. C’est le plaidoyer de Claude Mboyo, docteur en relations internationales, chercheur sur le climat et directeur général du Centre diplomatique du climat en RDC, lors du Sommet Mondial de la diplomatie organisé à kinsha du 9 au 11 Septembre 2016 par le Forum International de la Jeunesse Africaine pour le Développement Durable FIJADA. 

Intervenant lors d’une rencontre consacrée aux enjeux climatiques en Afrique, Claude Mboyo a appelé à revoir la manière dont les États africains abordent la crise climatique. Selon lui, le continent doit désormais considérer le climat non seulement comme une question environnementale, mais également comme un enjeu économique, diplomatique et géopolitique.

Faire du climat un levier de puissance

Pour Claude Mboyo, l’Afrique se trouve dans une situation paradoxale : elle contribue faiblement aux émissions mondiales de gaz à effet de serre, tout en étant particulièrement exposée aux conséquences du changement climatique.

Cette vulnérabilité devrait, selon lui, pousser les États africains à renforcer leur position dans les négociations internationales sur le climat.

Mais l’expert estime que l’Afrique ne peut pas uniquement attendre des financements ou des compensations de la communauté internationale.

« Nous sommes responsables de notre développement », a-t-il affirmé, invitant les jeunes Africains à prendre davantage en main leur agenda climatique.

Il appelle ainsi à une diplomatie climatique capable de défendre les intérêts du continent dans les négociations sur le financement climatique, les marchés du carbone, la transition énergétique et l’accès aux technologies bas carbone.

Le bassin du Congo, un atout diplomatique

Cette réflexion prend une dimension particulière en République démocratique du Congo, qui abrite une grande partie du bassin du Congo, considéré comme un espace stratégique pour l’équilibre climatique mondial.

Pour Claude Mboyo, les ressources naturelles de cette région constituent un important levier diplomatique. Cependant, la RDC et les autres pays du bassin du Congo doivent développer les capacités nécessaires pour transformer cet avantage écologique en bénéfices économiques et politiques.

« On ne devient pas puissant par hasard », a-t-il souligné, estimant que la possession de ressources naturelles ne suffit pas à faire d’un pays une puissance.

Selon lui, l’Afrique dispose depuis des décennies de ressources considérables, mais reste confrontée à une faible capacité de transformation locale.

Sortir de « l’ère des potentialités »

Le chercheur appelle ainsi les États africains à sortir de ce qu’il décrit comme « l’ère des potentialités ».

Il cite notamment les ressources minières, les forêts, les énergies renouvelables et les opportunités liées aux marchés du carbone. Ces atouts, estime-t-il, doivent être transformés en investissements, emplois, technologies et infrastructures capables de renforcer la résilience des populations africaines.

Cette transformation nécessite, selon lui, davantage d’investissements dans la recherche scientifique, l’innovation et les technologies bas carbone. Le chercheur appelle les jeunes africains de s’imprégner de la diplomatie climatique et s’investir d’avantage dans la recherche et l’investigation sur le climat. 

Une autonomie stratégique dans les négociations climatiques

Claude Mboyo défend également une plus grande autonomie stratégique de l’Afrique dans la gouvernance climatique mondiale.

Pour lui, les États africains doivent éviter de confier à des puissances étrangères la définition de leurs priorités climatiques, notamment en matière de financement et d’orientations géopolitiques.

« Le changement climatique et la diplomatie, c’est un jeu de puissance », a-t-il déclaré.

Dans cette perspective, la diplomatie climatique devrait devenir un élément central des politiques étrangères africaines, au même titre que les questions économiques, sécuritaires ou commerciales.

« Investir local avant de vouloir sauver le monde »

En conclusion, le directeur général du Centre diplomatique du climat en RDC a appelé à privilégier les investissements locaux et le renforcement des capacités africaines.

Pour lui, l’Afrique doit d’abord utiliser ses propres ressources pour construire sa résilience et son autonomie avant de prétendre jouer un rôle majeur dans la résolution de la crise climatique mondiale.

« Il nous faut investir local avant de jouer au sauveur du monde », a-t-il lancé.

À travers cette vision, Claude Mboyo invite à repenser la diplomatie climatique africaine : non plus seulement comme un espace de revendication face aux responsabilités historiques des pays industrialisés, mais comme un instrument de négociation, de souveraineté, de développement et de puissance géopolitique pour le continent.

Happy
Happy
0 %
Sad
Sad
0 %
Excited
Excited
0 %
Sleepy
Sleepy
0 %
Angry
Angry
0 %
Surprise
Surprise
0 %

Average Rating

5 Star
0%
4 Star
0%
3 Star
0%
2 Star
0%
1 Star
0%

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *