Couloir Vert Kivu-Kinshasa : l’ACEDH alerte sur 23 cas de poursuites contre des défenseurs de l’environnement

0 0
Read Time:3 Minute, 54 Second

Alors que la République démocratique du Congo présente le Couloir Vert Kivu-Kinshasa comme un projet majeur de conservation, de développement durable et de lutte contre le changement climatique, l’Association congolaise pour l’environnement et les droits humains (ACEDH) alerte sur la situation des défenseurs de l’environnement et des leaders communautaires dans les zones concernées.

Dans un rapport rendu public cette année, l’organisation affirme avoir documenté 23 cas de poursuites judiciaires qu’elle qualifie d’abusives ou de poursuites-bâillons visant notamment des défenseurs de l’environnement, des activistes climatiques, des leaders communautaires et des membres de peuples autochtones.

Pour l’ACEDH, ces procédures constituent un signal préoccupant de restriction de l’espace civique et pourraient fragiliser l’adhésion des communautés à l’initiative de conservation.

23 cas recensés dans plusieurs provinces

Selon les données communiquées par l’ACEDH, les 23 cas documentés sont répartis dans plusieurs provinces couvertes ou liées au Couloir Vert Kivu-Kinshasa.

La Tshopo concentre 29 % des cas, soit la proportion la plus importante recensée par l’organisation. Viennent ensuite le Maniema, le Haut-Uélé et le Nord-Kivu avec chacun 13 %.

Le rapport mentionne également le Bas-Uélé avec 8 %, puis la Mongala, le Sud-Ubangi, l’Équateur, Kinshasa et le Kongo-Central avec 4 % chacun.

Répartition annoncée par l’ACEDH : Tshopo : 29 %, Maniema : 13 %, Haut-Uélé : 13 % , Nord-Kivu : 13 %, Bas-Uélé : 8 %, Mongala : 4 %, Sud-Ubangi : 4 %, Équateur : 4 %, Kinshasa : 4 %, Kongo-Central : 4 %

Ces chiffres constituent, selon l’organisation, un indicateur des difficultés auxquelles seraient confrontés certains acteurs engagés dans la défense de l’environnement et des droits des communautés.

Un projet présenté comme majeur pour la conservation

Le Couloir Vert Kivu-Kinshasa a été présenté par les autorités congolaises comme une initiative destinée à renforcer la protection des forêts du bassin du Congo tout en favorisant une économie verte et le développement des communautés. Lors de son annonce à Davos en janvier 2025, la présidence congolaise avait indiqué que le projet devait couvrir environ 550 000 km², dont une importante superficie de forêts primaires et de tourbières.

Le gouvernement congolais présente également le Couloir Vert comme un instrument de conservation et de développement économique reliant l’Est et l’Ouest du pays. Le projet s’inscrit dans la vision de la RDC de se positionner comme un « pays-solutions » face aux enjeux climatiques.

Mais pour l’ACEDH, la réussite de cette initiative ne devrait pas être évaluée uniquement à partir de la superficie placée sous protection.

« Une conservation qui suscite la peur risque de perdre l’adhésion des communautés »

L’organisation estime que les poursuites visant des défenseurs de l’environnement peuvent provoquer plusieurs conséquences : peur, méfiance, tensions avec les communautés, perte de confiance envers les institutions et fragilisation des initiatives de conservation.

Elle affirme également que certains défenseurs et leaders communautaires seraient confrontés à des menaces, intimidations ou procédures judiciaires dans le contexte de conflits liés notamment à l’exploitation minière, forestière et foncière.

Ces affirmations relèvent du constat et de l’analyse de l’ACEDH et n’établissent pas, à elles seules, la responsabilité de chacune des personnes ou institutions mises en cause. L’organisation demande précisément que les procédures dénoncées fassent l’objet d’un examen rigoureux.

« Si elles persistent, ces pratiques risquent de faire disparaître l’espoir national et international porté par le Couloir Vert Kivu-Kinshasa », estime l’ACEDH dans son communiqué.

Des recommandations aux autorités

Face à ces préoccupations, l’ACEDH appelle les autorités congolaises à examiner les procédures dénoncées et à garantir les droits fondamentaux des personnes concernées.

L’organisation recommande notamment :

  • une enquête et un examen rigoureux des 23 cas de poursuites documentés ;
  • le respect des garanties judiciaires et des droits fondamentaux ;
  • davantage de transparence dans les mécanismes de conservation et de gestion des territoires concernés ;
  • une participation effective des communautés locales aux décisions affectant leurs territoires et leurs moyens de subsistance ;
  • la protection des défenseurs de l’environnement et des activistes climatiques ;
  • la création de mécanismes permettant aux défenseurs de signaler les menaces, intimidations et autres atteintes dont ils seraient victimes.

L’ACEDH appelle également les partenaires nationaux et internationaux ainsi que les entreprises actives dans les secteurs extractif et foncier à renforcer leurs obligations de diligence raisonnable et à respecter les droits humains.

Pour l’organisation, la protection de la biodiversité et la lutte contre le changement climatique ne peuvent être dissociées du respect des droits des communautés et de ceux qui participent à la défense des écosystèmes.

Le débat autour du Couloir Vert Kivu-Kinshasa se trouve ainsi confronté à un double enjeu : protéger les écosystèmes et garantir un espace civique permettant aux communautés et aux défenseurs de participer librement à leur protection.

Happy
Happy
0 %
Sad
Sad
0 %
Excited
Excited
0 %
Sleepy
Sleepy
0 %
Angry
Angry
0 %
Surprise
Surprise
0 %

Average Rating

5 Star
0%
4 Star
0%
3 Star
0%
2 Star
0%
1 Star
0%

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *