Par Emmanuel Kasereka bin Vikingi
Derrière les couleurs qui embellissent les murs des maisons peut se cacher un contaminant aux conséquences durables sur la santé humaine. Présent dans certaines peintures, le plomb expose les populations à une intoxication souvent difficile à détecter, mais susceptible d’affecter plusieurs fonctions vitales de l’organisme. Cette problématique a été examinée mardi 3 novembre 2026, lors d’une session de renforcement des capacités organisée en visioconférence par Solidarité Enfants SOPRODE, au bénéfice de professionnels des médias de Goma et de Bukavu. L’initiative s’inscrit dans les préparatifs d’une campagne de communication consacrée aux risques liés au plomb dans les peintures dans l’est de la République démocratique du Congo. Le reporter de Naturelcd.net a pris part à cette formation.

Pour éclairer les participants sur les mécanismes de cette contamination, Nyebone Faustin, spécialiste en chimie et en santé et coordonnateur de l’organisation AICED, a présenté les principales caractéristiques des composés du plomb utilisés dans l’industrie de la peinture. Leur présence répond à plusieurs objectifs techniques : renforcer la brillance des revêtements, améliorer leur résistance aux intempéries et à la corrosion, faciliter le séchage et réduire les coûts de production. Parmi les substances citées figurent le carbonate de plomb, notamment associé aux pigments blancs, le chromate de plomb utilisé pour certaines teintes jaunes, ainsi que des oxydes et d’autres composés entrant dans la fabrication de peintures antirouille. Des propriétés qui expliquent leur utilisation, mais dont les conséquences sanitaires et environnementales imposent aujourd’hui une vigilance accrue.
Le danger ne se limite cependant pas à l’application de la peinture. Il peut persister longtemps après les travaux, notamment lorsque les revêtements vieillissent, se fissurent ou se détachent des murs. Les écailles et les poussières ainsi libérées peuvent contaminer les sols et les surfaces domestiques. Les jeunes enfants sont particulièrement exposés lorsqu’ils portent à la bouche leurs mains ou des jouets souillés. Dans les ménages, des gestes ordinaires peuvent également favoriser la contamination : manipuler des aliments après avoir touché des poussières contaminées, nettoyer une pièce sans précaution ou respirer les particules remises en suspension lors du balayage. Les travaux de ponçage, de grattage et de pulvérisation constituent, quant à eux, des situations à risque pour les peintres et les autres travailleurs concernés. À l’échelle environnementale, les résidus peuvent s’accumuler dans les sols et être transportés par les eaux de ruissellement vers les cours d’eau et les lacs.

Au-delà de son caractère invisible, la toxicité du plomb réside dans sa capacité à perturber plusieurs systèmes biologiques. Au cours de son exposé, Nyebone Faustin a expliqué que cette intoxication, appelée saturnisme lorsqu’elle devient aiguë ou chronique, peut affecter notamment le système nerveux, la production sanguine, les reins et l’appareil reproducteur. Le plomb interfère avec des mécanismes biologiques essentiels et peut notamment perturber la formation de l’hémoglobine, favorisant ainsi l’anémie. Son action sur le système nerveux est particulièrement préoccupante chez les enfants, dont le cerveau est encore en développement : des difficultés d’apprentissage, des troubles de la mémoire et une diminution des capacités cognitives peuvent en résulter. L’expert a également rappelé que le métal peut s’accumuler dans les os pendant de nombreuses années, avant d’être progressivement relâché dans l’organisme.
La grossesse constitue une autre période de vulnérabilité. Le plomb accumulé dans l’organisme maternel peut traverser le placenta et atteindre le fœtus, exposant celui-ci à des effets néfastes sur son développement. Les risques concernent également les femmes enceintes elles-mêmes, tandis que l’exposition peut perturber certaines fonctions hormonales et reproductives. Les professionnels de la peinture figurent aussi parmi les personnes les plus exposées, en raison de la répétition des gestes et de la durée de contact avec les produits et les poussières contaminés. L’absence d’équipements de protection, les mains souillées, les vêtements de travail ramenés au domicile et les mauvaises pratiques d’hygiène peuvent transformer le lieu de travail en source de contamination pour toute la famille. Selon l’intervenant, les carences nutritionnelles en fer et en calcium peuvent également accroître l’absorption du plomb par l’organisme.

La vulnérabilité face au saturnisme ne dépend toutefois pas uniquement de l’activité professionnelle ou de l’âge. Elle est aussi liée aux conditions de vie et aux inégalités socio-économiques. Les familles disposant de faibles revenus peuvent être contraintes d’habiter dans des logements anciens où les peintures se dégradent, sans avoir les moyens de procéder à une décontamination appropriée. Leur exposition peut être aggravée par la proximité de décharges où sont brûlés des déchets plastiques et des batteries, ainsi que par un accès limité à une alimentation suffisamment riche en fer et en calcium. Face à ces risques, la prévention repose sur la limitation du contact avec les peintures contenant du plomb, la manipulation sécurisée des anciens revêtements, l’amélioration des pratiques d’hygiène et le port d’équipements de protection adaptés. Le contrôle des peintures
En réunissant les professionnels des médias autour de cette problématique, Solidarité Enfants SOPRODE entend faire de l’information un instrument de prévention sanitaire et environnementale. Le renforcement des connaissances des journalistes sur les sources de contamination, les conséquences du saturnisme et les moyens de protection constitue une étape préalable à la campagne de communication annoncée dans l’est de la RDC. cette question met en lumière la nécessité de porter une attention particulière aux pollutions qui s’installent dans les espaces de vie sans toujours être perceptibles. Car derrière un mur fraîchement peint ou un ancien revêtement qui s’effrite, un risque sanitaire peut persister et menacer durablement les populations, en particulier les enfants.
La grossesse constitue une autre période de vulnérabilité. Le plomb accumulé dans l’organisme maternel peut traverser le placenta et atteindre le fœtus, exposant celui-ci à des effets néfastes sur son développement. Les risques concernent également les femmes enceint
