
Par Denise Kyalwahi
En ordonnant le retrait des États-Unis de dizaines d’organisations internationales, dont la quasi-totalité des institutions clés de la gouvernance climatique, Donald Trump vient de porter un coup sévère — et potentiellement durable — à la lutte mondiale contre le changement climatique.
Derrière un langage juridique soigneusement maîtrisé, le mémorandum présidentiel signé ce 7 janvier 2026 consacre un désengagement radical des États-Unis des mécanismes multilatéraux chargés de coordonner la réponse planétaire à la crise environnementale.
Le message est clair : le climat ne constitue plus une priorité stratégique pour la première puissance mondiale.
Une sortie méthodique des piliers du climat mondial
Le décret acte le retrait américain d’organismes centraux tels que :
le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), principal organe scientifique de référence mondiale ;
la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (CCNUCC), socle des négociations internationales sur le climat ;
l’Agence internationale pour les énergies renouvelables ;
l’Alliance solaire internationale ;
le programme ONU-REDD, dédié à la lutte contre la déforestation.
Pris ensemble, ces retraits ne relèvent pas d’un ajustement technique, mais d’un démantèlement assumé de l’architecture climatique internationale, construite depuis plus de trente ans.
https://www.whitehouse.gov/presidential-actions/2026/01/withdrawing-the-united-states-from-international-organizations-conventions-and-treaties-that-are-contrary-to-the-interests-of-the-united-states/ : Retrait des États-Unis : un coup de tonnerre pour la gouvernance climatique mondialeUn affaiblissement scientifique et financier immédiat
Les États-Unis jouent historiquement un rôle central dans le financement, la production de données, la recherche et l’expertise scientifique sur le climat. Leur retrait signifie :
une réduction drastique des financements pour la recherche climatique mondiale ;
un affaiblissement de la crédibilité et de l’influence scientifique du GIEC ;
une perte de capacités pour de nombreux pays en développement dépendants de l’assistance technique internationale.
En se retirant, Washington ne se contente pas de se mettre en marge : il déséquilibre l’ensemble du système, laissant un vide que peu d’acteurs sont aujourd’hui capables de combler.
Au-delà des conséquences matérielles, l’impact politique est considérable. Ce décret envoie un message sans équivoque aux autres États :
la coopération multilatérale sur le climat est optionnelle,
les engagements internationaux peuvent être abandonnés unilatéralement,
La souveraineté nationale prime sur l’urgence climatique. Ce signal risque d’encourager d’autres gouvernements à ralentir, voire à renoncer à leurs propres engagements climatiques, dans un contexte déjà marqué par des tensions économiques et géopolitiques croissantes.
Un recul à contre-courant de la réalité climatique
Cette décision intervient alors que les événements climatiques extrêmes — vagues de chaleur, sécheresses, inondations, incendies — se multiplient à travers le monde. Alors que la science appelle à une accélération sans précédent des efforts, les États-Unis choisissent le retrait, l’isolement et la fragmentation.
L’avenir du climat mondial repose sur la coopération, le partage des données, la solidarité financière et l’action collective. En tournant le dos à ces principes, l’administration Trump fait le pari risqué que la crise climatique peut être gérée sans cadre international. Un pari que les faits, déjà visibles sur tous les continents, semblent contredire.
Ce mémorandum pourrait marquer un point de rupture durable dans la gouvernance climatique mondiale. Si d’autres puissances ne prennent pas le relais, le retrait américain pourrait ralentir significativement les efforts globaux pour limiter le réchauffement climatique — avec des conséquences irréversibles pour les générations futures.
Plus qu’une décision diplomatique, ce décret est un choix de civilisation. Et ses répercussions, elles, dépasseront largement les frontières des États-Unis.
