
Par la Rédaction
Elle est au cœur de nos cuisines, de Dakar à Douala, d’Abidjan à Kinshasa. Mais l’huile de palme divise : les uns la voient comme un poison, les autres comme un trésor nutritionnel. Faut-il vraiment la bannir ? Une chose est sûre : tout dépend de laquelle vous utilisez et comment vous la cuisinez. Cet article a été écrit pour la première fois par Le Papyrus Média (LPM), le média du panafricanisme.
Sur les étals des marchés africains, l’on trouve deux types d’huile de palme. La première, d’un rouge profond, est brute, non raffinée, et sent bon la noix fraîche. La seconde, jaune pâle ou presque blanche, est raffinée, souvent importée, et utilisée par l’industrie agroalimentaire.
Entre les deux, les effets sur la santé sont à différencier.
L’huile de palme rouge : Un concentré de vitamines ancestral
Dans nos villages, on presse traditionnellement la pulpe du fruit pour obtenir une huile rouge vif. Cette couleur n’est pas un hasard : elle est due aux caroténoïdes, les mêmes pigments qui donnent leur teinte aux carottes et aux tomates. Une fois dans l’organisme, ces précieux composés se transforment en vitamine A.
Or, la carence en vitamine A touche encore des millions d’enfants et de femmes en Afrique subsaharienne, entraînant cécité et baisse des défenses immunitaires. L’huile de palme rouge, utilisée avec modération, est l’un des meilleurs remèdes naturels contre ce fléau. L’Organisation mondiale de la santé l’a d’ailleurs reconnue comme une solution efficace dans les pays en développement.
Mais ce n’est pas tout. L’huile de palme rouge est aussi la source alimentaire la plus riche en tocotriénols, une forme très puissante de vitamine E. Des études menées sur des modèles animaux suggèrent qu’ils pourraient protéger le cerveau, le cœur et même aider à lutter contre certains cancers.
Le conseil d’AFRIKASANTE : privilégiez l’huile de palme traditionnelle, non raffinée, fabriquée localement. Elle conserve tous ses bienfaits.

L’huile de palme raffinée : Attention aux contaminants industriels
Sur les emballages des biscuits, des pâtes à tartiner ou des chips, on lit souvent « huile de palme raffinée » . Pour obtenir cette huile neutre (sans couleur, sans odeur), l’industrie chauffe l’huile à plus de 200°C. Ce processus détruit les vitamines, mais crée surtout des composés indésirables : les esters de glycidyle et les esters de 3-MCPD.
Ces substances sont préoccupantes. Les agences sanitaires européennes (EFSA) considèrent les esters de glycidyle comme potentiellement cancérogènes pour l’Homme. Quant aux 3-MCPD, ils peuvent affecter les reins à long terme. Les enfants, grands consommateurs de biscuits et de snacks, sont particulièrement vulnérables.
C’est la raison pour laquelle les pays occidentaux surveillent de près ces contaminants. Malheureusement, dans de nombreux pays africains, les contrôles restent insuffisants.
Le conseil d’AFRIKASANTE : limitez les aliments ultra-transformés à base d’huile de palme raffinée.
Préférez les préparations maison avec de l’huile rouge brute.
L’huile de palme et le cholestérol : Démêlons le vrai du faux
L’huile de palme contient environ 50% de graisses saturées. On a longtemps répété que ces graisses bouchaient les artères. Mais les études récentes tempèrent ce discours. Face à l’huile d’olive ou de colza, l’huile de palme augmente en effet légèrement le « mauvais » cholestérol (LDL).
Mais elle augmente aussi le « bon » cholestérol (HDL), ce que le beurre ou l’huile de coco ne font pas.
Et contrairement aux idées reçues, une vaste analyse de 2019 n’a pas trouvé de preuve solide que la consommation d’huile de palme augmente le risque de maladies cardiovasculaires.
L’essentiel est de ne pas en abuser et d’équilibrer son alimentation avec d’autres bonnes huiles a(sésame, noix de coco).
Idée reçue : « L’huile de palme contient du cholestérol »
Beaucoup de personnes croient que l’huile de palme, parce qu’elle est riche et « grasse » , contient du cholestérol. C’est faux. Le cholestérol est une molécule exclusivement produite par les animaux. Aucun aliment d’origine végétale ; ni huile de palme, ni huile d’olive, ni avocat, ni noix ; ne contient de cholestérol.
Alors pourquoi parle-t-on du « mauvais cholestérol » à propos des huiles végétales ? Parce que certains acides gras saturés (comme celui de l’huile de palme) peuvent, consommés en excès, stimuler le foie à fabriquer davantage de cholestérol LDL.

Mais l’huile elle-même n’en apporte pas une seule molécule.
À retenir : Un excès de cholestérol dans le sang vient soit d’une production interne trop élevée (souvent génétique ou liée à l’alimentation animale), soit d’une consommation excessive de graisses animales (viande grasse, beurre, fromage, œufs en grande quantité), et non des huiles végétales pures.
Conseils pratiques pour les cuisines africaines
Privilégiez l’huile rouge locale : Faites-la vous-même ou achetez-la chez des producteurs artisanaux. Évitez les versions raffinées en bidon.
Ne la surchauffez pas jusqu’à ce qu’elle fume : Une friture modérée passe, mais mieux vaut l’utiliser pour des sauces mijotées.
Variez les corps gras : Alternez avec l’huile de sésame.
Surveillez ce que mangent les enfants : Les biscuits industriels, chips et gâteaux importés sont souvent fabriqués avec de l’huile de palme raffinée contaminée.
Préparez des encas maison avec des ingrédients bruts.
En conclusion : deux huiles, deux histoires
L’huile de palme n’est ni un poison ni un remède miracle. L’huile rouge traditionnelle mérite d’être réhabilitée : elle est source de vitamines et de bons antioxydants. L’huile raffinée industrielle, elle, pose de réels problèmes de sécurité sanitaire.
Plutôt que de boycotter une filière qui fait vivre des millions de petits producteurs africains, l’on doit apprendre à faire la différence entre ce qui vient des terroirs et ce qui sort des usines. Et comme toujours en nutrition, la clé est la modération et la diversité.
Le Papyrus Média (LPM), le média du panafricanisme
