
Le village de Buhozi, dans le territoire de Kabare au Sud-Kivu, reste sous la menace d’un glissement de terrain qui continue d’évoluer. Dans l’émission, La Prunelle Verte diffusée sur La Prunelle FM-Bukavu (100.9 Mhz), le géologue Toussaint Bibentyo, enseignant à l’UOB et chercheur lié au CIRRiNA, a expliqué que l’instabilité observée aujourd’hui n’est pas un phénomène nouveau, mais plutôt l’extension d’une ancienne zone déjà reconnue comme dangereuse depuis février 2024 sous l’effet combiné des fortes pluies, de la dynamique de la rivière Kamagema, de la nature du sol et de l’occupation anarchique du site.
Selon l’expert, une descente scientifique effectuée en février 2024 avec des équipes du CIRRiNA-UOB et du CRSN Lwiro avait déjà permis d’identifier des fissures et des signes d’un glissement en phase d’initiation. Les projections faites à l’époque indiquaient que l’instabilité pouvait encore s’étendre au-delà de 25 mètres autour de la zone déjà touchée, ce qui correspond à l’évolution observée aujourd’hui. Face au danger, l’expert recommande une délocalisation urgente des populations vers une zone plus stable
Toussaint Bibentyo attribue cette instabilité à plusieurs facteurs combinés. Il cite notamment la proximité de la rivière Kamagema, l’incision profonde de la rivière qui fragilise les berges, l’épaisseur importante des sols altérés, la forte pente, les précipitations abondantes et les changements d’occupation du sol.

Le géologue souligne également le rôle aggravant de la déforestation et de l’urbanisation non adaptée, qui ont progressivement exposé le terrain à des risques plus élevés. Dans ce contexte, les pluies intenses de la saison humide ont servi de déclencheur sur un sol déjà vulnérable.
Le glissement de terrain a déjà provoqué la destruction ou la dégradation de nombreuses habitations, ainsi que des pertes dans les champs, les routes et les activités économiques locales. En 2024, l’équipe scientifique avait déjà constaté plusieurs dizaines de maisons directement menacées ou détruites, certaines familles ayant choisi de démolir elles-mêmes leurs maisons pour récupérer les matériaux de construction.
Au-delà des dégâts matériels, l’expert insiste sur les conséquences sociales et psychologiques pour les familles déplacées ou privées de moyens de subsistance. Il rappelle aussi que la menace continue de s’étendre vers les zones voisines, ce qui rend la situation encore plus préoccupante.
Pour le géologue, la priorité est claire : il faut relocaliser les habitants vivant dans la zone instable. Il estime qu’il serait difficile et coûteux de stabiliser durablement un glissement de cette ampleur par des techniques classiques, alors qu’une délocalisation vers un site plus stable serait plus sûre et moins coûteuse.
Il appelle également les autorités, les ONG et les acteurs locaux à identifier rapidement un site de relogement, puis à organiser le transfert des populations menacées. Selon lui, cette crise doit aussi servir de leçon pour une meilleure planification de l’occupation du sol et de l’aménagement du territoire.
Patrick Mapenzi
