
Par Patrick Mapenzi
C’est une scène aussi rare que déchirante qui s’est jouée sur le littoral de la République Démocratique du Congo. Entre le 1er et le 3 juillet 2026, une baleine s’est échouée avant de mourir à Moanda, dans la province du Kongo Central. Alors que l’émotion reste vive, l’ONG Alerte Congolaise pour l’Environnement et les Droits de l’Homme (ACEDH) brise le silence et pointe du doigt les géants de l’extraction fossile, réclamant une enquête internationale urgente.
Une agonie sous les yeux impuissants de la population
Pendant de longues heures, l’imposant mammifère marin a lutté contre la mort sur le sable de Moanda, sous les yeux d’une population locale mobilisée mais désarmée. Si ce triste spectacle a attiré les curieux, il a surtout mis en lumière les défaillances systémiques des autorités environnementales.
Dans un communiqué publié ce 4 juillet,et parvenu à la Rédaction de Naturel CD, l’ACEDH déplore l’incapacité de l’Institut Congolais pour la Conservation de la Nature (ICCN) à intervenir efficacement. Faute de moyens logistiques et techniques adaptés, aucune tentative de sauvetage n’a pu être menée à bien. Une faillite technique qui fait tache pour un pays qui aime se profiler sur la scène internationale comme un « pays solution » face à la crise écologique mondiale.
« Ce drame souligne l’urgence pour la RDC (…) de décourager toute initiative pouvant négativement affecter sa réputation en matière de conservation. », lit-on dans ce ommuniqué de presse

Perenco dans le collimateur : Vibrations sismiques et pollution offshore
Si le lien de causalité direct reste à établir par une expertise scientifique, les regards se tournent inévitablement vers les eaux profondes. Moanda est le bastion historique des activités d’exploration et d’exploitation pétrolière offshore de la multinationale Perenco RDC.
Pour l’ACEDH, les pistes pour expliquer ce traumatisme marin sont claires et ne doivent pas être balayées d’un revers de main :
– Les vibrations sismiques massives liées aux prospections.
– Les mouvements incessants des machines de forage en mer.
– La pollution chronique des eaux et des sols générée par les infrastructures pétrolières.
La compagnie, déjà visée par des poursuites judiciaires en France pour préjudice écologique, est régulièrement accusée par la société civile d’un manque criant de transparence technique et financière, ainsi que d’une insouciance flagrante quant à l’impact de ses activités sur la santé des communautés locales.
Le spectre d’un « audit confidentiel » explosif
L’affaire prend une tournure éminemment politique avec la révélation d’un document explosif. En juin 2026, un audit environnemental a été mené à la demande du gouvernement congolais par le cabinet indépendant Alex Stewart International.
Bien que ce rapport soit jalousement gardé « confidentiel » par les autorités, l’ACEDH affirme qu’il confirme une contamination majeure des sols et des eaux, ainsi qu’une dévastation de la biodiversité locale à Moanda en raison des activités de Perenco. L’ONG exige aujourd’hui la publication immédiate de cet audit, dénonçant une violation du droit à l’information des populations dont l’environnement est directement menacé.
En tant que signataire de plusieurs traités internationaux dont la Convention de Montego Bay (UNCLOS) qui oblige à protéger le milieu marin, la Convention de Bonn (CMS) sur les espèces migratrices et la Convention sur la Diversité Biologique (CDB), la RDC a l’obligation légale de mener des investigations strictes face à une telle mortalité anormale. Face à ce tableau critique, l’ACEDH et les forces vives de la société civile tapent du poing sur la table et formulent des exigences claires pour que justice soit faite.

Le gouvernement de la RDC est ainsi sommé de prendre immédiatement ses responsabilités politiques et écologiques. L’ONG réclame la suspension pure et simple, à titre conservatoire, de l’ensemble des activités de la société Perenco. Cette mesure devra rester en vigueur jusqu’à ce que la multinationale élabore un plan crédible de dépollution des zones côtières de Moanda et s’engage à restaurer les moyens de subsistance des communautés locales lourdement impactées.
Sur le plan technique, la lumière doit être faite par des experts neutres. La société civile exige le déploiement rapide d’une commission d’enquête internationale et réellement indépendante, composée de scientifiques de renom, afin d’autopsier le drame et d’établir formellement les responsabilités juridiques de ce désastre environnemental.
Enfin, le mot d’ordre reste la mobilisation générale pour les défenseurs de l’environnement. Les organisations de la société civile sont appelées à rester en état d’alerte maximale pour exiger la déclassification et la publication intégrale du rapport d’audit secret d’Alex Stewart International. Pour l’ACEDH, maintenir ce rapport secret constitue non seulement une violation flagrante du droit à l’information des citoyens, mais aussi un recul majeur dans la lutte contre la corruption et l’opacité industrielle.
La mort de ce géant des mers à Moanda n’est peut-être que la partie émergée d’un immense iceberg environnemental. Reste à savoir si le gouvernement congolais choisira la transparence ou le statu quo face à l’industrie de l’or noir.
