
Par Emmanuel Kasereka bin Vikingi
La République démocratique du Congo, longtemps présentée comme un « pays solution » dans la lutte mondiale contre le changement climatique, se trouve aujourd’hui confrontée à une menace environnementale qui pourrait fragiliser cette image : la pollution plastique. Face à l’ampleur croissante du phénomène, l’organisation AICED appelle à l’élaboration urgente d’une feuille de route nationale consacrée à la lutte contre les déchets plastiques.
Dans une lettre officielle adressée à la ministre nationale de l’Environnement, AICED alerte sur les conséquences de la prolifération des déchets plastiques dans les cours d’eau, les villes et les communautés. L’organisation estime que cette crise exige une réponse structurée, capable d’articuler la réduction de la production des plastiques, une meilleure gestion des déchets, la protection des infrastructures et la préservation de la santé publique.
Lors du Sommet Action pour le climat organisé à New York en 2019, le président Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo avait mis en avant deux atouts majeurs susceptibles de placer la RDC au cœur des solutions climatiques mondiales : les forêts du bassin du Congo et l’immense potentiel hydroélectrique du pays. Ces ressources stratégiques sont toutefois confrontées à des pressions environnementales croissantes, parmi lesquelles figure désormais la pollution plastique.
Les forêts du bassin du Congo, qui couvrent environ 250 millions d’hectares et stockeraient près de 70 milliards de tonnes de carbone, jouent un rôle majeur dans la régulation du climat. Elles absorberaient chaque année quelque 750 millions de tonnes de CO₂. La prolifération des déchets plastiques, en accentuant la pression sur les écosystèmes et les populations riveraines, contribue cependant à la dégradation de cet environnement dont dépend une partie de l’équilibre écologique mondial.
Le secteur énergétique n’échappe pas non plus à cette menace. Le potentiel hydroélectrique de la RDC, estimé à près de 100 000 mégawatts, constitue l’un des principaux atouts économiques et énergétiques du pays. L’accumulation des déchets plastiques dans certains cours d’eau peut toutefois perturber le fonctionnement des infrastructures, notamment en obstruant les équipements et en affectant la production. Le problème dépasse ainsi la seule question de la salubrité pour toucher directement les capacités énergétiques du pays.
Dans les communautés riveraines, les conséquences sont également économiques et sociales. Des pêcheurs du fleuve Congo font état d’une présence accrue de déchets flottants et d’une raréfaction de certaines espèces de poissons. Face à la nécessité de subvenir à leurs besoins, certains se tournent désormais vers la collecte des plastiques destinés à la revente aux entreprises de recyclage. Une activité qui traduit à la fois l’ampleur du phénomène et la vulnérabilité des populations qui en subissent les conséquences.
À cette crise écologique et économique s’ajoutent des préoccupations sanitaires. Les microplastiques et certaines substances chimiques utilisées dans la fabrication des plastiques, notamment le bisphénol et les phtalates, suscitent des inquiétudes en raison de leurs effets potentiels sur la santé. Leur présence dans l’environnement et dans certaines sources d’eau pose ainsi la question de l’efficacité des mécanismes actuels de traitement et de protection des populations.
Face à cette menace qui touche simultanément l’environnement, l’économie, les infrastructures et la santé publique, AICED plaide pour une mobilisation nationale et internationale. L’organisation préconise notamment une stratégie claire visant à réduire la production et l’utilisation des plastiques, améliorer la gestion des déchets, protéger les infrastructures essentielles et renforcer les mécanismes de prévention sanitaire.
Pour la RDC, l’enjeu dépasse donc la simple question de la propreté des villes et des cours d’eau. Il concerne directement la préservation de ses atouts environnementaux et énergétiques, au moment où le pays cherche à consolider son rôle dans la lutte mondiale contre le changement climatique. Sans réponse coordonnée et durable, le paradoxe serait lourd de conséquences : un pays présenté comme une partie de la solution climatique pourrait voir ses propres déchets contribuer à fragiliser les ressources qui fondent cette ambition.
