Pluie diluvienne à Bukavu : Bilan dramatique, activités suspendues sur avenue « industriel » et panique à la centrale de Ruzizi

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Par Patrick Mapenzi

La saison des pluies s’est ouverte le mardi 15 septembre 2026 par des précipitations d’une violence inouïe sur la ville de Bukavu. En l’espace de quelques heures, des pluies diluviennes ont charrié désolation, pertes matérielles immenses et scènes de panique à travers les trois communes de la chef-lieu du Sud-Kivu, ravivant le spectre des catastrophes récurrentes dans une région déjà éprouvée par une série d’incendies dévastateurs.

Face à l’ampleur des dégâts et à l’obstruction critique des voies d’évacuation d’eau, le gouvernement provincial sous l’AFC-M23 est promptement sorti du silence.

Fermeture de l’Avenue Industrielle pendant 3 jours

Dès le lendemain du sinistre, ce mercredi 16 septembre 2026, l’exécutif provincial sous l’AFC-M23 a pris des mesures radicales. Par la Note Circulaire N°01/014/CAB/GOUPRO-SK/2026, signée par le Directeur de Cabinet du Gouverneur, Maître Bwino Nacigemwa Jean Richard, l’autorité provinciale ordonne :

« Tous les propriétaires des magasins, boutiques et galeries sur l’Avenue Industriel sont priés de procéder au curage des caniveaux et rigoles devant leurs bâtiments respectifs. A cet effet, toutes les activités sont suspendues sur cette avenue pendant une durée de trois (03) jours à dater de la signature de la présente note. »

Cette décision fait suite à l’emportement de véhicules, de motos et de nombreux biens par les eaux en furie sur cette artère commerciale névralgique de la ville.

Miraculeuse rescousse au marché de Kadutu à Nyamugo

Pendant que la route industrielle subissait la furie des eaux, un drame humain frôlant la tragédie s’est joué au cœur du marché de Kadutu, précisément au niveau du secteur de vente des souliers.

Un mur en cours de démolition s’est effondré sous la pression des glissements de terrain, ensevelissant sur le coup trois ouvriers qui creusaient à proximité : le premier a pu s’extirper rapidement s’en tirant sain et sauf ; le second a été extrait avec des blessures légères tandis que le troisième a vécu un calvaire sous la terre battue pendant plus de deux heures d’angoisse.

C’est grâce à la mobilisation héroïque et spontanée de la population locale que l’homme a finalement été retiré vivant des décombres, provoquant une explosion de joie et de soulagement capturée par les témoins sur place.

Plastiques dans rivière Ruzizi et coupure générale d’électricité

Les répercussions de cette première pluie ne sont pas seulement matérielles, elles frappent également le réseau énergétique de la région de la SNEL.

Dans un premier communiqué d’urgence diffusé par sa Direction, la SNEL Sud-Kivu alerte sur un phénomène écologique dramatique : les pluies ont charrié des tonnes de plastiques depuis les caniveaux résidentiels vers la rivière Ruzizi. Ces ordures ont totalement obstrué la prise d’eau de la centrale hydroélectrique de Ruzizi 1, perturbant gravement les turbines et entraînant une chute drastique de la production électrique.

En parallèle, la SNEL informe sa clientèle qu’une panne majeure est survenue depuis le 15 septembre sur les feeders KM4 et COGEFAR.

Cette interruption prive d’électricité une vaste zone géographique englobant : les quartiers de Bukavu : Chai, Igoki, Ciriri, Panzi, Nyantende, Mudusa, Mumosho et Nyangezi ; ainsi que les chefferies environnantes : Walungu, Kaziba et Luhwinja.

La direction de la SNEL Sud-Kivu présente ses excuses et assure que ses équipes techniques travaillent d’arrache-pied sur le terrain pour rétablir la fourniture au plus vite, tout en martelant : « Jeter nos ordures dans les caniveaux compromet notre propre électricité. Le changement commence par de simples gestes. »

Un appel pressant à la responsabilité citoyenne

Ce premier choc de la saison des pluies sonne comme un ultime avertissement. Au-delà des secours et des réparations d’urgence, la tragédie remet en lumière le défi du civisme environnemental et de la gestion urbaine à Bukavu.

La prolifération des constructions anarchiques sur des sites à haut risque, le jet irresponsable d’immondices dans les collecteurs d’eau et le déboisement des surplombs de la ville transforment chaque averse en menace mortelle.

Il est impératif que la population, les acteurs de la société civile, les écoles et les églises s’emparent de ce sujet :

  • Déloger et évacuer sans complaisance les sites à haut risque de glissement de terrain ;
  • Eduquer les enfants et les jeunes à la protection de l’environnement et au tri des déchets ;
  • Instaurer un assainissement communautaire régulier pour éviter l’obstruction des exutoires naturels.

La vie humaine est sacrée et irremplaçable. Pour que les pluies redeviennent une bénédiction et non un facteur de deuil et de pannes, chaque Bukavien doit désormais devenir un acteur engagé du changement.

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