
Par Emmanuel Kasereka bin Vikingi
À Goma, sauver l’environnement ne peut plus se limiter aux messages qui circulent sur les écrans : encore faut-il que ces messages se transforment en comportements et en actions concrètes. C’est autour de cette problématique qu’Espérance Byamungu Nyenyezi a présenté une recherche scientifique consacrée à la contribution des réseaux sociaux à la mobilisation écologique des jeunes, dans le cadre de l’obtention de son diplôme de licence en sciences de l’information et de la communication à l’Université de la Conservation de la Nature et du Développement de Kasugho (UCNDK). Réalisée autour du cas de l’organisation Mazingira Safi, cette étude s’intéresse au passage entre l’engagement numérique des jeunes et leur participation effective aux initiatives de protection de l’environnement dans la ville de Goma.
Intitulée « La contribution des réseaux sociaux à la mobilisation écologique des jeunes : cas de Mazingira Safi », cette recherche part d’une réalité particulièrement visible dans la capitale du Nord-Kivu : la persistance des déchets, de la pollution et de la dégradation des espaces environnementaux, malgré la multiplication des messages de sensibilisation. La chercheuse s’est ainsi interrogée sur la capacité réelle des réseaux sociaux à contribuer à la mobilisation écologique d’une jeunesse fortement présente sur les plateformes numériques. L’objectif général consistait à analyser comment et dans quelle mesure les réseaux sociaux utilisés par Mazingira Safi contribuent à cette mobilisation.
Pour répondre à cette problématique, Espérance Byamungu Nyenyezi a adopté une approche mixte, combinant méthodes quantitative et qualitative. Son enquête a porté sur 56 jeunes utilisateurs des réseaux sociaux. Trois principales techniques ont été mobilisées : un questionnaire adressé aux jeunes, un entretien semi-directif avec le responsable de Mazingira Safi et l’analyse de 20 publications diffusées notamment sur Facebook et YouTube. La réflexion scientifique s’est appuyée notamment sur la théorie de l’apprentissage social d’Albert Bandura ainsi que sur l’approche de la communication pour le changement de comportement.

Les résultats de l’étude montrent d’abord que les réseaux sociaux constituent un important canal de découverte et de sensibilisation. 72 % des jeunes interrogés affirment avoir découvert Mazingira Safi grâce aux réseaux sociaux, tandis que 60 % déclarent réagir aux publications de l’organisation. Parmi les personnes enquêtées, 49 % disent avoir participé à une activité environnementale après avoir été exposées aux contenus diffusés sur les plateformes numériques. L’étude relève également que 42 % des jeunes interrogés ont formulé des recommandations destinées à améliorer la manière de communiquer sur les questions environnementales.
Mais derrière les réactions numériques se dessine une réalité plus nuancée. L’étude souligne qu’un « j’aime », un commentaire ou un partage ne constitue pas automatiquement une participation écologique sur le terrain. À Goma, la persistance des déchets dans plusieurs espaces publics, notamment aux abords du lac Kivu et dans certains marchés, illustre cet écart entre interaction numérique et changement concret de comportement. Les réseaux sociaux apparaissent dès lors comme un levier de sensibilisation et de mobilisation, mais dont l’efficacité dépend de la capacité à accompagner les jeunes au-delà de l’écran.
Dans cette perspective, la recherche met en avant la responsabilité stratégique du chargé de communication, appelé à concevoir des messages qui ne se limitent pas à informer, mais qui suscitent progressivement l’action. Espérance Byamungu Nyenyezi propose notamment un cheminement allant de l’exposition à la sensibilisation, de l’interaction à la participation, puis au suivi et à l’évaluation. La modération des échanges numériques, le suivi des jeunes après leur mobilisation, la production de contenus porteurs d’espoir et l’organisation d’interactions directes sont présentés comme autant de pistes susceptibles de renforcer le passage du virtuel au réel.
Au terme de cette recherche présentée à l’UCNDK, Espérance Byamungu Nyenyezi met ainsi en évidence une contribution réelle des réseaux sociaux à l’accès à l’information environnementale, à la sensibilisation et aux interactions avec les jeunes, tout en soulignant leurs limites lorsqu’ils ne sont pas accompagnés d’actions concrètes. Son étude rappelle qu’à Goma, la communication numérique peut ouvrir la voie à la mobilisation écologique, mais que la protection durable de l’environnement se mesure finalement dans les comportements adoptés et les actions réalisées sur le terrain. En d’autres termes, le véritable défi n’est plus seulement de faire parvenir le message aux jeunes, mais de faire en sorte que le message quitte l’écran pour devenir un geste en faveur de la nature.
