Par Patrick Mapenzi
C’est une annonce qui est tombée comme un couperet pour les résidents du Sud-Kivu et du Nord-Kivu. Dans un communiqué d’urgence rendu public, la Direction régionale de la Société Nationale d’Électricité (SNEL S.A.) a informé ses abonnés des villes de Bukavu, Goma et de leurs périphéries que de sérieuses perturbations de courant seront observées sur le réseau durant 4 jours soit du mardi 3 au vendredi 6 novembre 2026.

La raison officielle invoquée, c’est l’arrêt technique pour entretien périodique de 1 500 heures du groupe turbo-alternateur n° 3 de la centrale hydroélectrique de Ruzizi I, une unité clé délivrant une puissance de 8 MW.
Si la SNEL plaide pour des travaux de routine indispensables pour préserver l’outil de production, la réalité sur le terrain pointe du doigt une crise bien plus profonde et systémique : la strangulation environnementale du barrage par les déchets ménagers et plastiques de la ville de Bukavu.
A Bukavu, la gestion incontrôlée des ordures ne salit pas seulement les rues et les rivières, elle paralyse directement l’économie locale et la desserte en électricité. Les tonnes de bouteilles plastiques, de sacs jetables et d’autres débris non biodégradables jetés dans les caniveaux sont charriés par les pluies torrentielles vers le lac Kivu, pour finalement venir s’accumuler massivement au niveau des prises d’eau des centrales hydroélectriques de Ruzizi I et Ruzizi II.
Sans système municipal de collecte efficace, des tonnes de matières plastiques et solides sont déversées quotidiennement dans les caniveaux et ravins de Bukavu. Lors des fortes pluies, le ruissellement charrie la totalité de ces débris vers la rivière Ruzizi et le lac Kivu. Les masses de plastique forment un tapis asphyxiant qui blesse les pièces mécaniques, blesse la pression de l’eau et impose des arrêts techniques fréquents pour le curage et la maintenance. Le réseau subit des baisses de production sévères, entraînant les délestages des ménages et des entreprises à Bukavu et Goma.

Bien que la direction de la SNEL espère rétablir la situation plus tôt si les interventions s’achèvent avant le délai de quatre jours, les techniciens du barrage font face à un défi permanent. L’eau chargée en micro-débris et l’accumulation mécanique de plastique usent prématurément les équipements de filtrage et réduisent le rendement nominal des turbines.
« Ce n’est plus seulement une question de maintenance classique. Si rien n’est fait pour freiner l’invasion des plastiques en amont, les centrales de Ruzizi tourneront continuellement à régime réduit. », a déclaré un expert local en énergie et environnement.
Alors que les hôpitaux, les petits commerces et les ménages s’apprêtent à subir quatre jours d’obscurité ou de délestage sévère, cet arrêt technique rappelle l’urgence d’une prise de conscience environnementale à Bukavu :
Assainissement urbain : La mairie et les autorités provinciales doivent mettre en place un circuit moderne de gestion et de recyclage des déchets.Civisme environnemental : Les citoyens doivent cesser le déversement des sacs plastiques dans les cours d'eau.
Sans une réponse forte face au péril plastique, la lumière risque de s’éteindre de plus en plus fréquemment aux portes du Kivu.
