
A Goma, ce vendredi 27 février 2026 au bord du lac Kivu, dans la salle de réunion de Mawe Hai, l’Organisation AICED (Appui aux initiatives communautaires de conservation de l’environnement et de développement durable) a réuni les acteurs locaux, environnementalistes, pêcheurs et professionnels des médias pour un atelier de réflexion consacré à l’exploitation du gaz méthane.
Au cœur des échanges, l’obligation légale de réaliser une étude d’impact environnemental et social (EIES) avant tout projet susceptible d’affecter l’écosystème du lac.
Pour Faustin Nyebone, directeur exécutif de l’AICED, les études d’impact ne relèvent pas d’un simple formalisme administratif. Elles constituent une étape incontournable pour identifier, anticiper et atténuer les effets négatifs d’un projet sur l’environnement et les populations.
« Le zéro impact n’existe pas », a-t-il rappelé. Selon lui, aucun projet humain n’est totalement exempt de pollution. L’enjeu est donc d’encadrer les activités à travers des mesures techniques, environnementales et sociales clairement définies avant leur mise en œuvre.

Les risques invisibles du lac Kivu
Les profondeurs du lac Kivu renferment d’importantes quantités de méthane et de dioxyde de carbone. Si le méthane est exploité pour la production d’énergie, le dioxyde de carbone, présent en proportion plus élevée, représente un danger potentiel majeur. Plus lourd que l’air, il peut stagner au sol et provoquer des risques d’asphyxie pour les populations et le bétail.
L’exemple du lac Nyos, au Cameroun, reste dans les mémoires. En 1986, une éruption limnique y avait libéré un nuage massif de dioxyde de carbone, causant la mort de centaines de personnes et d’animaux. Pour les participants à l’atelier, ce précédent illustre la nécessité d’une vigilance accrue autour du lac Kivu, où des cas isolés de bétail retrouvé mort ont déjà été signalés.
Au-delà des risques liés aux gaz, les études d’impact doivent aussi examiner les effets sanitaires indirects. À Goma, l’eau potable est traitée au chlore. Or, dans certains contextes, ce dernier peut réagir avec des hydrocarbures et générer des composés organochlorés potentiellement cancérigènes. Identifier ces risques en amont permettrait d’éviter des conséquences graves pour la santé publique.
La biodiversité constitue un autre enjeu majeur. Toute activité d’exploitation doit évaluer son incidence sur la reproduction et la production halieutique du lac. Des mesures correctives adaptées sont jugées indispensables pour préserver les écosystèmes et garantir les moyens de subsistance des pêcheurs.

Vers une exploitation responsable et inclusive
Les discussions ont abouti à l’élaboration d’un cahier de charges enrichi par les participants. Parmi les recommandations formulées figurent l’implication effective des communautés riveraines dans l’exploitation des blocs gaziers, le renforcement de la transparence ainsi que la responsabilité sociale des entreprises engagées dans ces projets.
Un comité de suivi a été mis en place afin d’assurer la mise en œuvre des résolutions adoptées. Le document final a été signé par l’ensemble des participants, qui ont salué l’initiative de l’AICED d’ouvrir un espace de dialogue inclusif.
Pour les organisateurs, l’exploitation du gaz méthane du lac Kivu ne peut se faire au détriment de la sécurité des populations ni de l’équilibre écologique. Tout projet durable doit intégrer trois dimensions indissociables : économique, environnementale et sociale.
» En clair, le développement énergétique de la région ne saurait ignorer les impératifs de protection de l’environnement et de prévention des risques. L’étude d’impact environnemental et social apparaît ainsi pas comme une obligation légale, mais comme une condition vitale pour l’avenir des communautés riveraines » conclut Faustin Nyebone.
Emmanuel Kasereka Bin Vikingi
