
Par Patrick Mapenzi
En Ituri, alors que six agents de santé et trois volontaires de la Croix-Rouge ont déjà succombé, la victoire d’une patiente sur le virus redonne du souffle aux équipes. Mais la peur et la stigmatisation restent des ennemis invisibles.
C’est une image rare, presque inespérée, qui a traversé ce mercredi 27 mai 2026 la zone de santé de Rwampara, en Ituri. Pour la première fois depuis le début de l’épidémie d’Ebola dans cette région du nord-est de la République démocratique du Congo, une patiente a franchi en sens inverse les portes du Centre de traitement d’Ebola (CTE). Il est sorti guérie.
La joie, immense, a pourtant dû se contenir. Aucune foule en liesse, aucune photographie officielle. La famille de la miraculée a exigé « la plus grande discrétion » autour de sa sortie, ont confié des sources locales.

Signe de la défiance qui persiste, la stigmatisation reste si forte que la guérison doit presque se cacher pour ne pas devenir un motif d’ostracisme. Dans les quartiers de Rwampara, la peur du virus est encore trop souvent associée à celle des malades eux-mêmes.
Ce rayon d’espoir n’efface pourtant pas l’ombre qui plane sur la communauté soignante. Car la même zone de santé, les mêmes bâtiments, ont vu défiler ces derniers jours un tout autre cortège : celui des cercueils.
Il y a quelques jours, une dizaine de personnes se tenaient début au CTE. Le responsable local de l’Ordre des médecins s’était avancé, grave, pour prononcer ces mots définitifs : délier le docteur Vladimir de son serment d’Hippocrate. Le praticien a été emporté par Ebola. En première ligne, il soignait – il est devenu patient, puis victime.
Le lendemain, le drame s’est répété. Le docteur Blaise s’est éteint à son tour, dans le même centre.
Selon des sources au sein du ministère congolais de la Santé, au moins six membres du personnel médical ont perdu la vie depuis le début de l’épidémie en Ituri.
Les volontaires communautaires ne sont pas épargnés. La Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge (FICR) a confirmé la mort d’au moins trois volontaires de la Croix-Rouge congolaise, contaminés alors qu’ils tentaient justement de sécuriser les communautés, d’enterrer les défunts sans risque, de briser la chaîne de transmission.
Face à ces pertes, une prise de conscience a émergé mardi dernier du côté de Kinshasa. Le ministère congolais de la Santé s’est publiquement engagé à améliorer les conditions de travail et la sécurité des équipes déployées sur le terrain.

Équipements de protection renforcés, primes de risque, accompagnement psychologique : les annonces restent à concrétiser, mais elles dessinent une reconnaissance implicite : sans les soignants, il n’y a pas de riposte.
À Rwampara, les équipes soignantes sont aujourd’hui à la fois endeuillées et requinquées. La guérison de leur patiente leur rappelle pourquoi ils tiennent.
Le double visage d’une épidémie
C’est cela, la réalité d’Ebola. Un même lieu, une même semaine, peut connaître l’absolu chagrin et la joie pure. Dans la zone de santé de Rwampara, les morts que l’on pleure et les vivants que l’on célèbre cohabitent, parfois au cours de la même journée.
La bataille ne fait que commencer. Mais pour la première fois, une lumière s’est allumée au milieu des ombres. Car à Rwampara, la guerre contre le virus se poursuit. Portée par ceux qui restent debout.
