
Par Denise Kyalwahi
La mort de Nzanzu Mangese, membre de la communauté autochtone pygmée et défenseur de l’environnement, continue de susciter émotion et indignation dans le territoire de Beni, au Nord-Kivu. Connu pour ses chansons et ses prestations artistiques en faveur de la protection des forêts et des droits des peuples autochtones, il aurait été tué dans un contexte de violence qui touche de nombreuses communautés de l’Est de la République démocratique du Congo.
Dans cet entretien accordé à notre média, Me Olivier Ndoole, défenseur des droits humains, spécialiste du droit environnemental et coordonnateur de l’Action pour les Droits de l’Homme (ACDH), revient sur la situation des peuples autochtones, rend hommage à Nzanzu Mangese et appelle les autorités à faire toute la lumière sur ce drame.
Denise Kyalwahi : Que dire de la situation actuelle que traversent les peuples autochtones, notamment les Pygmées, dans l’Est de la RDC ?
Me Olivier Ndoole : La situation est extrêmement préoccupante. Nous assistons à une multiplication des massacres qui touchent les peuples autochtones, tout comme d’autres communautés victimes de l’insécurité dans l’Est du pays. Malheureusement, ces violences se déroulent dans un silence presque total.
Certes, quelques rapports et communications existent, mais il n’y a pas suffisamment de mobilisation spécifique autour des souffrances des peuples autochtones. Cela traduit une certaine défaillance collective, aussi bien au niveau des autorités que de la société civile et des institutions de contrôle.

Denise Kyalwahi : Nzanzu Mangese a été tué alors qu’il était connu pour son engagement en faveur de la protection de l’environnement. Quelle a été votre réaction ?
Me Olivier Ndoole : C’est avec une profonde tristesse que nous avons appris sa mort. Nzanzu Mangese n’était pas seulement un artiste ; il était aussi un véritable défenseur de l’environnement et un militant des droits des peuples autochtones.
À l’ACDH, il avait participé à plusieurs activités de sensibilisation sur le changement climatique, le contentieux climatique et la justice climatique. Grâce à son talent artistique, il mobilisait les communautés et transmettait des messages forts sur la protection des forêts.
Sa disparition représente une perte immense pour sa communauté, mais également pour tous ceux qui œuvrent en faveur de la protection de l’environnement.
Denise Kyalwahi : Quel message portait-il à travers ses chansons et ses interventions publiques ?
Me Olivier Ndoole : Nzanzu Mangese plaidait constamment pour une meilleure protection des peuples autochtones. Il lançait régulièrement des appels aux autorités afin qu’elles garantissent davantage de sécurité et de respect des droits fondamentaux.
Son rêve était de voir les communautés autochtones vivre en paix, dans la dignité, avec la possibilité de préserver leur environnement naturel. Il parlait souvent de la forêt comme d’un espace de vie qu’il fallait protéger pour les générations futures.
À travers son art, il demandait des politiques publiques capables d’assurer aux peuples autochtones une existence digne, fondée sur la paix, la sécurité et le respect de leurs droits.
Denise Kyalwahi : Comment réagissez-vous face à ce que vous considérez comme un manque de réaction des autorités ?
Me Olivier Ndoole : Nous constatons avec regret qu’au-delà des réseaux sociaux et de quelques médias, cette tragédie ne semble pas susciter une mobilisation à la hauteur de sa gravité.
Nous lançons un appel au Président de la République, aux institutions du pays et à la justice afin qu’une enquête sérieuse soit menée sur les circonstances de cette mort. Il est essentiel que les responsabilités soient établies et que justice soit rendue à sa famille ainsi qu’à toute la communauté autochtone.
Denise Kyalwahi : La RDC dispose pourtant d’une loi sur la protection et la promotion des droits des peuples autochtones. Est-elle réellement appliquée ?
Me Olivier Ndoole : C’est justement là que se situe le problème. La loi existe, mais sa mise en œuvre demeure très limitée.
Lorsque nous observons les massacres, les discriminations et les multiples violations dont sont victimes les peuples autochtones, nous constatons que les garanties prévues par la loi ne produisent pas encore les effets attendus sur le terrain.
Nous sommes face à un cadre juridique qui constitue une avancée importante, mais qui peine à être traduit en actions concrètes. Il manque une véritable volonté politique pour assurer l’application effective de ces dispositions et permettre aux peuples autochtones de participer pleinement à la vie publique.

Denise Kyalwahi : Quel appel lancez-vous aujourd’hui ?
Me Olivier Ndoole : Nous appelons d’abord les autorités congolaises à assumer pleinement leur responsabilité de protection des citoyens.
Il est nécessaire que des enquêtes soient menées après chaque massacre et que des mécanismes efficaces soient mis en place pour prévenir de nouvelles violences. Le Parlement, le Sénat et l’ensemble des institutions doivent accorder une attention particulière à la situation des peuples autochtones.
Nous appelons également la société civile à renforcer sa mobilisation. Il n’est pas acceptable que des communautés continuent à être victimes de violences dans l’indifférence générale.
La mort de Nzanzu Mangese doit nous interpeller tous. Au-delà d’un artiste, nous avons perdu une voix qui défendait à la fois les droits humains, la protection de l’environnement et la justice climatique.
Un héritage à préserver
À travers ses chansons, ses messages de sensibilisation et son engagement communautaire, Nzanzu Mangese s’était imposé comme l’une des voix autochtones plaidant pour la préservation des forêts et la reconnaissance des droits de son peuple.
Sa disparition intervient dans un contexte où les peuples autochtones de l’Est de la RDC continuent de faire face à l’insécurité, aux déplacements forcés et aux difficultés d’accès à leurs terres ancestrales.
Pour les défenseurs des droits humains et de l’environnement, son combat pour la justice, la paix et la protection de la nature demeure plus que jamais d’actualité.
