
Par Patrick Mapenzi
Par son inaction face aux tonnes d’emballages qui étouffent la ville de Bukavu et le lac Kivu, la multinationale est directement pointée du doigt. Activistes et défenseurs de l’environnement invoquent le principe juridique du « pollueur-payeur » : c’est à l’entreprise de financer le nettoyage, pas aux citoyens.
Des caniveaux bouchés qui débordent à la moindre pluie, des collines de détritus qui glissent vers les habitations, et une nappe de bouteilles colorées qui asphyxient lentement le lac Kivu. Le décor quotidien de plusieurs quartiers de Bukavu est désormais rythmé par l’invasion du plastique. Si la gestion des déchets est un défi global, la colère monte face à la responsabilité des entreprises qui inondent le marché de produits de grande consommation sans se soucier de leur seconde vie. Au cœur des critiques : le groupe industriel Azam.
Pour Fiacre Kalugusha, activiste et fervent défenseur des droits humains et environnementaux à Bukavu, la situation a dépassé le seuil du tolérable. Les sachets de biscuits, les emballages alimentaires et les bouteilles de jus estampillés Azam se retrouvent partout, sauf dans des poubelles.
« Chaque sachet, chaque bouteille qu’Azam distribue devient un poison pour nos quartiers et pour le lac Kivu », tranche l’activiste avec gravité.

Cette pollution massive n’est pas qu’un problème esthétique ; elle engendre des conséquences dramatiques pour la population locale :
– Inondations à répétition : Les emballages plastiques obstruent les collecteurs d’eau et les caniveaux, transformant les pluies tropicales en torrents destructeurs dans les bas-quartiers.
– Asphyxie du lac Kivu : Véritable poumon économique et source d’eau, le lac devient le déversoir final de ces déchets non biodégradables, menaçant la biodiversité aquatique.
– Crise sanitaire : Les eaux stagnantes piégées par les amas de plastique favorisent la prolifération des moustiques et l’émergence de maladies liées à l’insalubrité.
Le principe du pollueur-payeur : Azam face à ses obligations juridiques
Face à ce constat, les défenseurs de l’environnement ne parlent plus de simple « civisme rigoureux », mais de responsabilité légale et financière. Ils s’appuient sur un pilier du droit de l’environnement : le principe du pollueur-payeur. Ce concept stipule que toute entité générant une pollution doit assumer l’intégralité des coûts de sa gestion et de ses conséquences. Dans le cas d’Azam, cette responsabilité se décline à deux niveaux.
D’une part, l’entreprise porte une responsabilité directe indiscutable. Chaque jour, elle met sur le marché de Bukavu des tonnes de plastiques à usage unique sans avoir implanté le moindre système de consigne, de récupération ou de recyclage. La firme abandonne ainsi ses produits dans la nature dès la seconde où ils sont vendus.
D’autre part, sa responsabilité indirecte est tout aussi lourde. En refusant de gérer ses emballages, Azam devient complice des catastrophes locales. Ce sont ses déchets qui aggravent les inondations dévastatrices en ville, accélèrent la pollution biologique du lac Kivu et font grimper en flèche les maladies liées à l’insalubrité environnementale, dont les coûts humains et médicaux sont aujourd’hui supportés par les seules familles de Bukavu.
Pour Fiacre Kalugusha, l’argument des prix bas souvent mis en avant par la firme ne tient plus. Les profits générés par l’entreprise ne peuvent pas se faire aux dépens de la collectivité.
Qu’exigent concrètement les activistes ?
L’application de la loi « pollueur-payeur » à Bukavu obligerait le groupe Azam à restructurer radicalement son modèle économique en Afrique des Grands Lacs. Les revendications communautaires s’articulent autour de quatre axes majeurs :
1. Financer la collecte : Mettre en place et budgétiser un réseau de ramassage systématique des emballages plastiques de la marque à travers la ville.
2. Contribuer à la gestion municipale : Abonder de manière significative à un fonds de gestion des déchets et de recyclage géré par la mairie de Bukavu.
3. Investir dans la transition verte : Remplacer progressivement les plastiques par des emballages biodégradables ou réinstaurer un système de consignation strict pour les bouteilles.
4. Réparer les préjudices : Assumer une part des coûts sociaux et environnementaux liés aux dégâts des inondations et au nettoyage du lac.
La sonnette d’alarme est tirée. Alors que la société civile s’organise, le message adressé aux décideurs d’Azam est limpide : le temps de l’impunité environnementale est révolu. Les entreprises doivent intégrer le coût de la dépollution dans le prix de revient de leurs produits.
« Les citoyens de Bukavu n’ont pas à subir gratuitement les profits d’une entreprise qui refuse d’assumer ses responsabilités. Selon la loi, c’est à Azam de payer : payer pour la collecte, payer pour le recyclage, payer pour les dégâts », conclut Fiacre Kalugusha.
La balle est désormais dans le camp de l’entreprise, mais aussi des autorités urbaines et provinciales, interpellées pour faire appliquer les textes juridiques afin de sauver Bukavu et son lac d’un étouffement plastique imminent.
