RDC : Le cri du cœur d’un citoyen qui « divorce » de la REGIDESO et de la SNEL (témoignage)

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Par Patrick Mapenzi

À l’heure où la République Démocratique du Congo commémore le 66e anniversaire de son accession à la souveraineté nationale, le quotidien des Congolais raconte une tout autre histoire. Celle d’un recul systémique où l’accès à l’eau et à l’électricité, jadis services publics, est devenu une affaire de débrouille individuelle. Bavon Kakisingi, un citoyen fatigué des promesses, témoigne de sa rupture radicale avec la REGIDESO et la SNEL.

C’est un triste paradoxe. Alors que les discours officiels célèbrent plus de six décennies d’indépendance, la réalité dans les parcelles congolaises (RDC) ressemble à une longue marche à reculons. Pour Bavon Kakisingi, résident urbain, ce 30 juin n’a pas été marqué par les festivités, mais par une décision radicale : la signature d’un contrat pour le forage d’un puits d’eau privé dans sa propre concession.

« Je suis allé visiter un chantier de forage dans une parcelle voisine. J’ai été convaincu et j’ai passé le marché pour ma maison », confie-t-il, à travers le réseau social (Facebook). Ce geste, loin d’être un caprice, est le symbole d’un abandon forcé des services de l’État.

L’histoire de Bavon est celle de milliers de ménages congolais. Il y a neuf ans, lorsqu’il emménage dans sa nouvelle maison, la REGIDESO (Régie de distribution d’eau) fournit encore le précieux liquide, tant bien que mal. L’eau coule, mais la pression est si faible qu’elle s’avère incapable d’alimenter les étages.

Pour corriger les défaillances du réseau public, Bavon doit alors investir dans des solutions palliatives : installation d’une citerne en hauteur et achat d’hydrophores pour pomper l’eau. Une double facturation invisible : celle de l’abonnement et celle des équipements de secours qui s’est durcie avec le temps.

« Hélas ! Avec le temps, l’eau a complètement disparu de nos robinets. Par contre, la facture de la REGIDESO, elle, ne cesse de grimper. »

Face à cette facturation devenue fantôme, le forage privé s’est imposé comme l’unique issue. Un « divorce » consommé avec la REGIDESO.

Ce désengagement de l’État ne s’arrête pas aux frontières de la tuyauterie. Le secteur énergétique subit le même traitement de la part des usagers essoufflés. Fatigué des délestages chroniques et des pannes de la Société Nationale d’Électricité (SNEL), Bavon Kakisingi avait déjà sauté le pas technologique et financier il y a quelque temps en équipant son toit de panneaux solaires.

Aujourd’hui, sa maison fonctionne en autarcie énergétique et hydraulique. Un exploit individuel qui cache une faillite collective.

Cette transition forcée vers le privé interroge profondément le modèle de développement urbain en RDC. Loin de traduire une modernisation, l’obligation pour chaque citoyen de créer sa propre mini-centrale électrique et sa propre régie des eaux est le symptôme d’une régression.

« Au lieu de progresser, nous régressons », déplore Bavon Kakisingi. « L’on est contraint de se débrouiller pour trouver des solutions individuelles. »

Ce constat pose une question cruciale à l’heure des bilans nationaux : peut-on encore parler de développement urbain lorsque la classe moyenne doit se substituer aux infrastructures de base de l’État ? En attendant des réformes profondes des entreprises publiques, les villes congolaises continuent de se fragmenter, là où seuls ceux qui en ont les moyens s’achètent une indépendance quotidienne, au fond de leur parcelle.

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