
Par Denise Kyalwahi
La République démocratique du Congo franchit une nouvelle étape dans la lutte contre la maladie à virus Ebola. Alors que l’épidémie continue de s’étendre et d’alourdir son bilan humain, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a annoncé le lancement d’un essai clinique international destiné à évaluer de nouveaux traitements contre la souche Bundibugyo, responsable de la 17ᵉ épidémie déclarée dans le pays.
L’étude, qui se déroule principalement dans les provinces de l’Ituri et du Nord-Kivu, vise à identifier un traitement efficace contre cette souche pour laquelle aucun vaccin ni médicament spécifique n’est actuellement disponible. Selon le directeur général de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, le premier patient a déjà été recruté, marquant le début officiel des essais sur deux traitements expérimentaux.
Cette avancée scientifique intervient dans un contexte sanitaire particulièrement préoccupant. Depuis la déclaration officielle de l’épidémie à la mi-mai 2026, le virus s’est propagé au-delà de son foyer initial en Ituri. Un cas confirmé a récemment été enregistré à Kisangani, dans la province de la Tshopo, après le transport clandestin de la dépouille d’une jeune femme décédée de la maladie. Les autorités sanitaires rappellent que les corps des victimes d’Ebola restent extrêmement contagieux et constituent l’un des principaux facteurs de transmission lors des funérailles.

Selon les dernières données communiquées par l’Institut national de santé publique (INSP), l’épidémie a déjà causé plus de 400 décès pour plus de 1 400 cas recensés, avec un taux de létalité supérieur à 30 %. Les chiffres continuent toutefois d’évoluer, certaines mises à jour faisant état de plus de 600 morts et de plus de 1 700 cas, illustrant la rapidité de la propagation de la maladie.
Les provinces de l’Ituri, du Nord-Kivu et du Sud-Kivu demeurent les plus affectées, mais la confirmation de cas dans d’autres régions suscite de nouvelles inquiétudes quant au risque d’une propagation nationale. Des cas importés ont également été signalés en Ouganda, renforçant les préoccupations liées à la transmission transfrontalière.
Face à cette menace, les autorités congolaises multiplient les appels à la coopération régionale. Le président Félix Tshisekedi a insisté sur la nécessité d’une réponse concertée entre les pays voisins, rappelant que « les épidémies ne connaissent pas de frontières ». Son homologue sud-africain, Cyril Ramaphosa, a annoncé la mobilisation de près de 1,5 milliard de dollars par les partenaires africains afin de soutenir les efforts de riposte.
Sur le terrain, les équipes médicales continuent de faire face à de nombreux défis. En Ituri, plusieurs structures sanitaires fonctionnent au-delà de leur capacité d’accueil et souffrent d’un manque de matériel de protection, de chlore et d’équipements essentiels. À cela s’ajoute une forte méfiance d’une partie de la population envers les autorités sanitaires.
À Nia Nia, épicentre de l’épidémie, un centre de prise en charge a récemment été incendié lors d’affrontements provoqués par des habitants contestant les mesures d’inhumation sécurisée. Plusieurs patients suspects ont quitté le centre, tandis que deux dépouilles ont été emportées par des manifestants, augmentant le risque de nouvelles chaînes de transmission.

Pour les experts, l’essai clinique représente aujourd’hui un espoir majeur. Si les traitements expérimentaux démontrent leur efficacité, ils pourraient réduire significativement la mortalité liée à la souche Bundibugyo et améliorer durablement la prise en charge des malades.
L’OMS souligne toutefois que le succès de cette initiative dépendra également du renforcement de la surveillance épidémiologique, de la confiance des communautés envers les équipes de santé et du respect des mesures de prévention, notamment l’identification rapide des cas, le suivi des contacts et l’organisation de funérailles sécurisées.
Alors que l’épidémie n’a pas encore atteint son pic, les autorités sanitaires appellent la population à signaler rapidement tout symptôme suspect, à éviter tout contact avec les personnes malades ou les dépouilles et à collaborer avec les équipes de riposte afin de limiter la propagation du virus.
Référence : Informations compilées à partir des données de l’Institut national de santé publique (INSP), de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et d’informations publiées par France 24 le 3 juillet 2026.
