
Par Patrick Mapenzi
« Boire l’eau des érosions à la saison des pluies, courir après la moindre goutte en saison sèche », : c’est le quotidien intenable des habitants de Luhito, Mukono, Kiruli et Katwenge en territoire d’Uvira au Sud-Kivu. Réunis en sommet communautaire le lundi 29 juin dernier à Luhito, ces quatre villages de la chefferie des Bafuliiru ont décidé de ne plus attendre une aide hypothétique. Ils cotisent désormais leur propre argent pour acheter des tuyaux, tout en lançant un appel de détresse pressant aux humanitaires et aux autorités. Cette initiative s’inscrit dans le cadre de solution fondée sur la nature et la résilience communautaire.
Selon Christophe Kalala Gatabishwa Muguzi, coordinateur de la Société Civile des Nationalistes Congolais (SCNC) dans le territoire d’Uvira, la situation a atteint un point de rupture.
Pendant la saison des pluies, les familles en sont réduites à s’approvisionner avec les eaux de ruissellement et d’érosion, hautement vectrices de maladies hydriques. Lorsque la saison sèche s’installe, le scénario vire à la catastrophe humanitaire, privant des milliers de foyers de cette ressource vitale.

Face à cette inertie, le mot d’ordre est devenu l’auto-prise en charge.
La tenue du 3ème sommet communautaire à Luhito, a concrétisé une démarche rare de solidarité inter-villageoise. Fatiguées d’attendre, les populations de Luhito, Mukono, Kiruli et Katwenge ont mis en place un système de cotisation financière mensuelle.
« Les populations ont décidé de contribuer financièrement pour acheter elles-mêmes les tuyaux nécessaires afin de canaliser et ramener l’eau potable jusqu’aux villages », explique Christophe Kalala Gatabishwa Muguzi.
Chaque fin de mois, les habitants se réunissent en assemblée générale pour verser leur quote-part, évaluer l’état des finances et ajuster les modalités de collecte. Une preuve de transparence et de maturité communautaire qui force l’admiration, mais qui montre aussi ses limites.
Si l’effort citoyen est exemplaire, l’achat de tuyaux et la construction d’un réseau d’adduction d’eau sur plusieurs kilomètres requièrent des moyens techniques et financiers colossaux, hors de portée de ces bourses rurales.
C’est pourquoi la coordination territoriale de la SCNC sort du silence et lance un appel pressant à la solidarité nationale et internationale :

– Aux autorités gouvernementales : Qu’elles soient locales, territoriales, provinciales ou nationales, la SCNC les appelle à inscrire de toute urgence le groupement de Runingu dans les programmes de développement d’infrastructures de base.
– Aux agences humanitaires et ONG : Un appui technique et matériel (fourniture de tuyaux industriels, expertise en ingénierie hydraulique) est requis pour concrétiser le projet des villageois.
– Aux personnes de bonne foi : Tout don financier ou matériel sera le bienvenu pour abréger la souffrance de ces milliers de Congolais.
En attendant une réponse des décideurs, les habitants de Luhito et des villages environnants continuent de compter leurs sous, déterminés à prouver que le développement d’une nation commence d’abord par la base.
