
Un nouveau rapport du Programme des Nations unies pour l’environnement, United Nations Environment Programme, et de Global Alliance for Buildings and Construction alerte sur le ralentissement de la décarbonisation du secteur des bâtiments et de la construction, alors même que le monde fait face à une crise mondiale du logement et de l’accessibilité énergétique.
Dans un couriel électronique envoyé à NATURELCD ce 19 mai 2026, le rapport intitulé Global Status Report for Buildings and Construction 2025-2026 publié à Nairobi, révèle que les émissions opérationnelles des bâtiments ont augmenté de 1 % en 2024, atteignant 9,9 gigatonnes de CO₂.
Selon les auteurs du rapport, les bâtiments deviennent progressivement plus efficaces sur le plan énergétique, mais les avancées restent insuffisantes pour atteindre les objectifs climatiques mondiaux fixés pour 2050.
Le secteur du bâtiment, un important pollueur mondial
Le rapport souligne qu’en 2024, la superficie mondiale des bâtiments a augmenté de 1,7 %, atteignant 273 milliards de mètres carrés. Cette croissance rapide est principalement portée par les économies émergentes, notamment l’Inde et les pays d’Asie du Sud-Est.
Chaque jour, environ 12,7 millions de mètres carrés de nouvelles surfaces sont construits à travers le monde, soit presque l’équivalent de la ville de Paris ajouté chaque semaine.
Aujourd’hui, le secteur des bâtiments et de la construction représente :
- près de 50 % de l’extraction mondiale des matériaux ;
- 37 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre ;
- et 28 % de la consommation mondiale d’énergie.
Malgré quelques progrès réalisés depuis 2015, notamment une réduction de 8,5 % de l’intensité énergétique des bâtiments et un triplement des certifications de bâtiments verts, la transition écologique reste trop lente.
Le rapport indique également que les énergies renouvelables ne couvrent actuellement que 17,3 % des besoins énergétiques des bâtiments, un niveau encore très éloigné des exigences d’un scénario de neutralité carbone.

Des investissements insuffisants face aux besoins climatiques
Les investissements mondiaux dans l’efficacité énergétique des bâtiments ont atteint 275 milliards de dollars en 2024, portant le total cumulé depuis 2015 à 2 300 milliards de dollars.
Cependant, pour respecter les objectifs climatiques, le rapport estime qu’il faudra mobiliser 5 900 milliards de dollars d’ici 2030, soit environ 592 milliards de dollars par an.
Depuis 2020, la transition verte peine à suivre le rythme de la croissance rapide des constructions, notamment dans les pays en développement.
Les experts appellent ainsi les gouvernements à accélérer les politiques de performance énergétique, à réduire progressivement l’usage des énergies fossiles et à renforcer les investissements dans des bâtiments résilients et à faibles émissions.
Le logement durable, un levier contre les crises sociales et climatiques
Pour Inger Andersen, les bâtiments jouent un rôle central dans la lutte contre le changement climatique et dans l’amélioration des conditions de vie des populations.
« Les bâtiments peuvent soit enfermer les populations dans des risques climatiques, soit offrir des conditions de vie plus sûres, plus saines et plus abordables », a-t-elle déclaré.
Elle rappelle que près de la moitié des bâtiments qui existeront en 2050 n’ont pas encore été construits ou rénovés, ce qui représente une opportunité majeure pour les États d’investir dans des infrastructures durables et résilientes.
Selon le rapport, l’action climatique dans le secteur du bâtiment peut réduire les factures énergétiques, améliorer les conditions de logement et renforcer la résilience face aux catastrophes climatiques.

Des exemples encourageants dans plusieurs régions du monde
Le rapport met également en avant plusieurs initiatives positives à travers le monde :
- l’Union européenne a renforcé ses politiques de réduction des émissions liées aux bâtiments ;
- le Japon et la Suisse ont amélioré la performance énergétique des constructions ;
- l’Australie, l’Allemagne, l’Inde et le Pakistan développent davantage les énergies renouvelables dans les bâtiments ;
- des pays comme le Kenya, Singapour et la Californie ont actualisé leurs normes énergétiques de construction ;
- le Bangladesh, le Ghana, l’Indonésie ou encore le Sénégal élaborent des feuilles de route nationales pour transformer leur secteur du bâtiment.
Les Nations unies estiment que ces initiatives doivent être multipliées afin d’accélérer la transition vers des villes plus durables et plus accessibles financièrement.
Le Programme des Nations unies pour l’environnement et le GlobalABC annoncent par ailleurs vouloir poursuivre leurs efforts pour améliorer les données, renforcer les politiques nationales et accompagner les décideurs dans la mise en œuvre des stratégies climatiques adaptées aux défis du logement et de l’équité sociale.
