
Par Patrick Mapenzi
Face à une épidémie d’Ebola (souche Bundibugyo) ayant causé 7 décès sur 11 cas confirmés au 26 mai 2026, le gouvernement provincial du Nord-Kivu a renforcé les mesures barrières et opérationnelles à Beni. L’arrêté impose une hygiène stricte, limite les transports et rassemblements, et déploie un laboratoire à Beni, exigeant une vigilance communautaire avec le numéro vert 0 82 0 80 00 01. Cette décision fait suite à une vidéoconférence nationale animée depuis Kinshasa par le Premier ministre de l’Intérieur et réunissant des partenaires internationaux, dont la représentation locale des Nations unies.
L’épidémie a été officiellement déclarée par les autorités sanitaires nationales le 15 mai 2026. Au Nord‑Kivu, le gouvernorat avait informé la population dès le 13 mai après la prise en charge de cas suspects et l’envoi d’échantillons au laboratoire. Le 19 mai, trois cas ont été confirmés (un à Goma et deux dans la zone de santé de Katwa). Le 21 mai, une première ordonnance provinciale a lancé l’organisation d’un dispositif de gestion de la crise. Le 27 mai, un nouvel arrêté durcit les mesures barrières dans toute la province.
Chiffres clés (au 26 mai 2026)
– Cas confirmés cumulés : 11
– Décès parmi les cas confirmés : 7 (taux de létalité : 64%)
– Cas confirmés hospitalisés : 4
– Zones de santé touchées : 6 ; aires de santé affectées : 11
– Cas suspects ce jour : 10 ; décès suspects : 3 ; échantillons envoyés au labo : 13
Répartition des cas confirmés
– Kaniwa : 5 cas, 3 décès
– Butembo ville : 2 cas, 2 décès
– Kyondo : 1 cas, 0 décès
– Kalunguta : 1 cas, 1 décès
– Oïcha : 1 cas, 1 décès
– Goma : 1 cas, 1 décès
Mesures provinciales renforcées

L’arrêté provincial imposé à l’échelle du Nord‑Kivu énonce des mesures strictes et détaillées visant à freiner la propagation du virus :
– Hygiène des mains obligatoire et régulière (eau et savon ou solution hydroalcoolique).
– Éviter tout contact avec une personne malade, serrer les mains ou embrasser.
– Interdiction de toucher cadavres ou carcasses d’animaux trouvés morts sans protection.
– Ne pas consommer ou manipuler la viande d’animaux sauvages malades ou morts.
– Désinfection obligatoire des effets personnels (vêtements, draps, couvertures) utilisés par un malade.
– Signalement immédiat des symptômes évocateurs (fièvre, myalgies, vomissements, diarrhée, maux de tête, difficultés respiratoires ou à avaler, éruptions cutanées, saignements).
– Interdiction de transporter un corps sans vie d’un endroit à un autre sans autorisation sanitaire.
– Respect strict de la capacité des véhicules de transport, réduction des surchargements, et limitation à un passager par moto. À chaque point d’entrée, lavage des mains et prise de température obligatoires.
– Dispositifs de lavage des mains obligatoires devant bureaux, commerces, marchés, lieux de culte, hôtels, restaurants, ONG et écoles.
– Interdiction temporaire des rassemblements massifs et des événements sportifs ; suspension des baptêmes par immersion et de l’exploitation des piscines publiques.
– Mise en place d’un numéro vert pour signaler urgences et cas suspects : 0 82 0 80 00 01.
– Sanctions prévues pour les contrevenants selon la législation congolaise.
Les autorités provinciales détaillent plusieurs interventions prioritaires :
– Déploiement et remise en service d’un laboratoire à Beni (transféré depuis Butembo) pour accélérer la prise en charge et réduire les délais d’analyse. Les équipes visent l’opérationnalité du laboratoire en environ une semaine.
– Installation de dispositifs de lavage des mains aux points d’entrée des grandes villes et aux frontières, notamment Kasindi et Kamango, en coordination avec les services ougandais.
– Aménagement d’un siège local de coordination de la riposte à Beni pour remplacer les structures précédemment basées à Goma.
– Mobilisation des partenaires locaux et partenaires humanitaires : appui logistique et fournitures (matériel médical, intrants). L’ONG Alima est citée comme contributrice ayant fourni médicaments et intrants.
Appel à la population et rôle des communautés
Le gouvernorat appelle toutes les collectivités, organisations religieuses et la société civile à passer à l’action sans attendre le déploiement intégral de l’appui national ou international. Les chefs locaux, maires, bourgmestres, administrateurs de territoire, chefs coutumiers et responsables de la santé provinciale , sont chargés de veiller à l’application de l’arrêté.
Avec un taux de létalité élevé (64% parmi les cas confirmés à date), la situation est classée comme grave. Les priorités restent la détection précoce des cas, la sécurisation des prises en charge, la traçabilité des contacts, la décontamination des domiciles et l’information continue des populations pour réduire les comportements à risque.
Comment aider ou se protéger
– Appliquer strictement les mesures barrières énoncées par l’arrêté.
– Signaler immédiatement tout symptôme ou cas suspect au numéro vert 0 82 0 80 00 01 ou au centre de santé le plus proche.
– Respecter les consignes locales de transport et d’enterrement sécurisé.
– Participer aux campagnes de sensibilisation locale, et soutenir les actions des ONG et structures sanitaires.
Le Nord‑Kivu se mobilise face à la 17e épidémie d’Ebola dans le pays, avec des mesures provinciales renforcées et le renforcement des capacités locales, dont l’installation d’un laboratoire à Beni. La rapidité d’exécution des dispositifs de surveillance, de prise en charge et de sensibilisation déterminera l’évolution de cette crise sanitaire. Les autorités insistent sur la vigilance collective et le respect strict des règles pour limiter la propagation.
