
Patrick Mapenzi
Face à l’urgence humanitaire et une crise sécuritaire aiguë, les initiatives locales brisent les tabous des règles et redonnent la dignité aux femmes déplacées et vulnérables au Nord et Sud-Kivu.
Au milieu du chaos, une réalité biologique reste trop souvent ignorée : les menstruations. Dans les camps de déplacés et les villages, les règles se transforment chaque mois en double peine : un vecteur de maladies et un facteur d’exclusion sociale. Privées d’accès à l’eau, à des sanitaires sécurisés et à des protections de base, des milliers de filles font face au fatalisme. « Ça va saigner et nous ne pouvons rien faire », résume le quotidien des plus vulnérables.
L’ACNDC asbl : une réponse en trois temps sur le terrain
De Rusayo à Mwenga, en passant par Goma, Bukavu, Murhesa et Kalehe, l’association sans but lucratif, Actions pour la Conservation de la Nature et le Développement Communautaire (ACNDC asbl) refuse de croiser les bras. Grâce au soutien financier et logistique de l’organisation Purposeful, l’asbl structure son intervention autour de trois piliers essentiels :
- L’information : Des séances de sensibilisation pour briser les tabous et restituer aux filles la maîtrise de leur corps.
- Les soins médicaux : La prise en charge des graves infections uro-génitales causées par l’utilisation de chiffons ou de feuilles.
- Les kits de dignité : Des distributions de kits d’hygiène complets pour traverser cette période en toute sécurité.
Pour les responsables de l’ACNDC, la stabilisation de la région n’est pas un prérequis pour agir : « La dignité menstruelle, ce n’est pas attendre la paix. C’est agir maintenant pour avoir le menstruel libre ».

Kashusha : Jenga Tumaini asbl et Lady and Future libèrent la parole
Le changement souffle également sur Kashusha dans le territoire de Kabare. À l’occasion de la Journée internationale de l’hygiène menstruelle, Jenga Tumaini asbl et Lady and Future ont mobilisé la communauté autour d’une conférence de sensibilisation. Cet événement a offert un espace d’apprentissage sécurisant où la parole s’est libérée face au poids de la stigmatisation.
« Cette rencontre nous a permis de comprendre que les règles ne sont ni une maladie ni une honte, mais un signe de vie », témoigne une participante.
Le combat de ces deux organisations repose sur trois enjeux de développement global :
– Lutter contre l’abandon scolaire des filles qui désertent les bancs de l’école faute de protections.
– Prévenir les risques sanitaires liés à l’utilisation de substituts inadéquats.
– Renforcer l’estime de soi pour bâtir une communauté forte et prospère.
En transformant le regard de la société sur les menstruations, ces structures s’imposent comme des actrices incontournables du progrès social en RDC.
