Journée mondiale de l’environnement au Sud-Kivu : Nos forêts se meurent, passons de la parole aux actes

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Par Patrick Mapenzi

À l’occasion de la Journée mondiale de l’environnement, le cri d’alarme retentit au Sud-Kivu. Inondations, glissements de terrain et baisse des récoltes frappent déjà de plein fouet les populations autour du parc national de Kahuzi-Biega et à Mwenga. Face à cette urgence vitale, la célébration de cette année ne doit pas se limiter à des discours, mais marquer le début d’une action collective immédiate.

La Journée mondiale de l’environnement nous rappelle notre interconnexion avec la nature. Au Sud-Kivu, les coupes abusives de bois brisent cruellement ce lien, entraînant un cercle vicieux environnemental et humanitaire :

–         L’érosion des sols : Privées de leur couverture végétale, les collines subissent la loi des pluies torrentielles qui emportent la couche fertile, appauvrissant les terres agricoles.

–         La chute de la production agricole : Les rendements s’effondrent, poussant par désespoir de nombreuses familles à détruire davantage de forêt pour ouvrir de nouvelles terres.

–         Des catastrophes meurtrières : Les vallées entourant le parc de Kahuzi-Biega et les zones de Mwenga subissent des crues soudaines et des glissements de terrain de plus en plus fréquents.

–         Une biodiversité en sursis : Les grands singes de Grauer, les oiseaux et d’innombrables espèces végétales uniques perdent chaque jour un peu plus leur habitat.

–         Un dérèglement climatique local bien réel : Moins d’arbres signifie moins de capture de carbone, des vagues de chaleur inédites et des saisons de pluies totalement perturbées.

Ce 5 juin, il faut oser le dire : chaque sac de charbon (makala) vendu illégalement au marché de Bukavu alimente directement la vulnérabilité de nos communautés face aux catastrophes naturelles.

Le thème en action : restaurer, protéger et laisser la nature respirer

Pour que la Journée mondiale de l’environnement ait un sens durable au Sud-Kivu, les promesses de reboisement doivent se transformer en stratégies rigoureuses sur le terrain :

1. Laissons la nature se réparer là où elle le peut encore. Identifier des zones fortement dégradées à Mwenga et autour de Kahuzi-Biega, puis y interdire strictement la coupe pendant 5 à 10 ans, permettra aux essences locales de repousser naturellement.

2. Finies les opérations de communication éphémères. Pour chaque arbre abattu légalement, la loi doit imposer la plantation d’au moins 10 arbres, suivis et entretenus jusqu’à leur maturité, et non simplement plantés le temps d’une photo officielle.

3. La restauration de l’environnement doit profiter à la population. En impliquant les villages dans la production de plants locaux (arbres fruitiers, d’ombrage ou utilitaires), le reboisement devient une opportunité économique pour les ménages ruraux.

4. Planter sans protéger est une perte de temps. Sans barrières contre le bétail en divagation, sans lutte contre les feux de brousse et sans surveillance contre les coupes clandestines, aucun projet ne réussira. Des comités locaux de surveillance doivent être financés et équipés.

5. Il est urgent de tracer des lignes rouge clair autour du parc de Kahuzi-Biega et dans les forêts de Mwenga. Définir des zones d’exploitation autorisées, limitées ou strictement interdites est le seul moyen de stopper l’empiétement progressif.

Sauver les forêts de Kahuzi-Biega et de Mwenga n’est pas la mission d’un seul homme ou d’une seule organisation. C’est un pacte social à sceller entre tous les acteurs. Une responsabilité partagée pour l’avenir du Sud-Kivu

La forêt n’appartient pas à une seule génération, mais à toutes celles qui viendront après nous. Célébrer l’environnement, c’est refuser que le Sud-Kivu de demain soit une terre d’érosion, de pauvreté et de conflits climatiques.

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