
Par Patrick Mapenzi
Ce vendredi, le sol du Sud-Kivu va trembler à Miti, Kavumu, Bushumba,etc. Si les autorités militaires de l’AFC-M23 rassurent la population locale sur le caractère sécurisé de l’opération de destruction de bombes à Nyamunyunyi, cet événement met en lumière un coût invisible mais lourd : l’impact écologique dévastateur de la dépollution pyrotechnique sur notre environnement et le climat.
C’est un communiqué qui appelle au calme, mais qui réveille les consciences. Les autorités militaires de l’Alliance Fleuve Congo (AFC-M23) ont officiellement informé les habitants de Miti, Kavumu, Bushumba et des périphéries environnantes qu’une opération de destruction de bombes et de résidus de guerre est programmée pour « ce jour » sur le site de Nyamunyunyi, dans la province du Sud-Kivu.
Face aux fortes détonations qui risquent de retentir, le commandement militaire exhorte la population à ne pas céder à la panique, assurant qu’il s’agit d’une « intervention planifiée, encadrée et totalement sécurisée ». Si la priorité absolue à court terme reste la sécurité humaine et la neutralisation de ces engins de mort, une question cruciale demeure souvent dans l’ombre des opérations militaires : quel est le prix payé par la nature ?

Le paradoxe de la dépollution : Sécuriser les vies, polluer la terre
La destruction d’engins explosifs par détonation ou brûlage contrôlé bien que nécessaire pour éviter des drames humains s’accompagne d’une libération immédiate de substances hautement toxiques dans l’écosystème local.
Les bombes modernes et anciennes contiennent des métaux lourds (plomb, mercure, cadmium) et des composés chimiques stables comme le TNT ou le RDX. Lors de l’explosion :
– Contamination des sols et des eaux : Les résidus non consumés s’infiltrent dans la terre. À proximité du Parc National de Kahuzi-Biega, une telle pollution peut contaminer les nappes phréatiques et empoisonner durablement les terres agricoles dont dépendent les communautés de Miti et de Kavumu.
– Destruction de la biodiversité locale : Le choc acoustique et vibratoire d’une détonation de forte puissance perturbe gravement la faune sauvage, provoquant des déplacements massifs d’animaux et un stress hydrique chez les espèces végétales environnantes.
À première vue, faire exploser quelques bombes semble dérisoire face aux émissions mondiales de CO₂. C’est une erreur de perspective. L’activité militaire et la destruction des armements participent activement à la crise climatique de deux manières directes :
1. Des « mini-bombes » de gaz à effet de serre : Chaque explosion libère instantanément dans l’atmosphère des volumes importants de dioxyde de carbone (CO2), de monoxyde de carbone (CO) et d’oxydes d’azote (NOx). Les oxydes d’azote sont de puissants précurseurs de l’ozone troposphérique, un gaz qui contribue massivement au réchauffement de la basse atmosphère.
2. Le phénomène du « Carbone Noir » : Le panache de fumée noire qui s’élève après une destruction d’armement est saturé de carbone suie (ou black carbon). Ces particules fines absorbent la lumière du soleil et réchauffent directement l’atmosphère. Lorsqu’elles retombent sur la canopée des forêts du bassin du Congo, deuxième poumon vert de la planète, elles limitent l’efficacité de la photosynthèse, réduisant la capacité de nos forêts à séquestrer le carbone.

Vers une prise en compte de l’éco-sécurité au Sud-Kivu ?
Alors que les habitants de Nyamunyunyi retiennent leur souffle en attendant la fin des détonations, cet événement rappelle l’urgence d’intégrer des protocoles environnementaux stricts lors des opérations de neutralisation des explosifs. Des techniques alternatives, comme le démantèlement mécanique ou la détonation dans des chambres de confinement filtrées, existent, bien qu’elles soient rarement applicables en zone de conflit actif.
La paix durable à l’Est de la République Démocratique du Congo ne se mesurera pas seulement au silence des armes, mais aussi à la salubrité de la terre et de l’air légués aux générations futures. En attendant, la vigilance reste de mise à Miti et Kavumu et dans des zones occupées par les Forces armées de la République Démocratique du Congo (FARDC) et les Wazalendo car eux aussi détruisent des armes à Kamituga,uvira, Fizi, Mwenga, etc. de la même manière que les éléments de l’AFC-M23 : après les bruits de l’explosion, c’est le travail de surveillance environnementale qui devra commencer.
